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Marie-Berthe VITTOZ (ed.)

Les mots migrateurs : L'interculturel en œuvre, Synergie Italie, vol. 4, 2008, pp. 143

Marie-Berthe VITTOZ (ed.), Les mots migrateurs : L'interculturel en œuvre, "Synergie Italie", vol. 4, 2008, pp. 143.

Ce numéro spécial de la revue "Synergies Italie" réunit, entre autres, les communications présentées au cours de la Journée "Chic et bizarre: les mots migrateurs du français en fete" (Université de Turin, 20 mars 2007). Il comprend onze contributions qui développent le thème des emprunts et des migrations des mots d'une langue et culture à l'autre.

Henriette WALTER, La langue française et les mots migrateurs, pp. 15-21.
Cette contribution porte sur le contact lexical des langues, notamment sur les rapports que le français a établi au cours des siècles - et qu'il entretient à l'heure actuelle - avec des mots étrangers, appartenant désormais à la langue française. D'un mouvement inverse, certains mots français ont également dépassé les frontières de la France, s'intégrant au vocabulaire d'autres langues. La mise en exergue de plusieurs exemples permet à Walter de bien cerner non seulement le domaine des emprunts du français et leur chronologie, notamment du germanique ancien, du scandinave, de l'italien et de l'anglais, mais également les mots que le français a emprunté aux autres langues. En particulier, outre l'anglais, auquel l'auteur fait référence par « le chassé-croisé franco-anglais », on se rattache ici au néerlandais, au danois, à l'allemand, au portugais, à l'espagnol, au russe et à l'italien.

Annie MOLLARD-DESFOUR, Les mots de couleur : des passages entre langues et cultures, pp. 23-32.
L’objet de cette étude consiste en l’analyse du lexique français des couleurs, à partir de l’étymologie même du mot « couleur ». C’est ainsi que l’attention de l’auteur est focalisée non seulement sur les mots de couleurs que le français a emprunté à d’autres langues, mais aussi à ceux que le français a adapté à son lexique, étant donné que la référence aux couleurs entraîne la prise en compte d’une langue tout comme d’une culture tout entière. L’examen se concentre d’abord sur les « champs chromatiques » du français : on réunit les onze termes qui les désignent et leur origine, pour en finir avec la mise en exergue des dénominations utilisées pour définir les nuances de couleur du champ chromatique principal. De ce fait, on découvre, au-delà des nombreux emprunts que le français a adoptés au fil des siècles, que l’histoire des couleurs relève d'un rapport étroit avec la culture où les appellations des couleurs se sont façonnées. Tel est le cas des nuances relatives aux onze catégories de couleur principales ; les nouvelles couleurs ont tiré leur origine soit du domaine militaire, soit d’associations avec des traits de l’homme, soit de matières colorantes, soit d’éléments naturels. Donc « [l]’approche linguistique de la couleur ne constitue pas simplement un problème de langage, mais embrasse l’ensemble du patrimoine culturel. Traduire la couleur, c’est aussi penser autrement la couleur, dans les diverses langues et cultures, dans le temps et dans l’espace » (Mollard-Desfour, 2008 : 30).

Antonella AMATUZZI, I « mots migrateurs » nel Tresor de Recherches et Antiquitez gauloises et françoises de Pierre Borel (1655), pp. 33-43.
Cette contribution vise l’examen du dictionnaire d’ancien français de Pierre Borel Tresor de Recherches et Antiquitez gauloises et françoises dans ses traits essentiels, ainsi que, plus particulièrement, dans sa micro- et macro-structure. L’aspect qui est ici mis en relief concerne toutefois surtout la composition du dictionnaire en termes d’emploi de mots migrateurs. De ce fait, les questions centrales qu’Amatuzzi prend en considération touchent à l’histoire des mots, à leur étymologie, à leur développement et au parcours qu’ils ont entrepris pour entrer dans une culture donnée. D’où une attention remarquable aux contacts interlinguistiques et aux échanges dont des langues et des cultures différentes se sont chargées. A travers un excursus historique à partir des langues les plus anciennes, l'auteur en arrive à traiter du français et des langues régionales : il souligne que les phénomènes linguistiques des langues sont le résultat de l’histoire, de la culture et des influences que ces langues ont traversé au cours des siècles, sans pour autant négliger que les contacts entre langues entraînent sans aucun doute un dynamisme remarquable.
Quant à la structure du dictionnaire, les mots migrateurs s’y avèrent assez fréquents. Borel enregistre en effet les emprunts au latin, au grec, au gaulois, au persan, au phénicien, à l’arabe, ainsi qu'aux langues régionales de France.

Vito PECORARO, Les champs conceptuels dans les langues romanes, pp. 45-52.
Dans cette étude la thèse proposée par l’auteur repose sur l’idée que, en dépit des rapports et des similitudes entre langues, la dénomination d’un mot et la manière de l’indiquer peuvent fortement différer d’une langue à l’autre ; les cultures et les façons de penser de chaque communauté linguistique sont en effet différentes. La recherche n’est ici concentrée que sur les langues romanes à leur stade de développement actuel ; par conséquent, il est fort probable que, au cours du temps, le même mot latin a donné lieu à des significations différant non seulement d’une langue à l’autre, mais surtout de sa signification latine originaire . Pour ce faire, Pecoraro se sert de la notion de « champ conceptuel », c’est-à-dire d’unités lexicales dont les relations s’établissent suivant des traits sémantiques communs et qui s’insèrent dans l’ensemble plus général du système lexical d’une langue.
Les exemples que l’auteur fournit portent sur deux champs conceptuels d’origine latine, dans lesquels les mots ont donné origine à des significations différentes dans certaines langues romanes : le champ conceptuel du « travail » et de l’« homme ». Il est alors intéressant de relever que ces problématiques touchent à plusieurs éléments de la langue au sens le plus large, notamment la civilisation et la culture d’un peuple, qui influencent des questions de traduction des mots exprimant ces champs.

Amira LAKHDHAR, Mots migrateurs de retour, pp. 55-62.
Cette contribution porte sur l'importance que les emprunts lexicaux revêtent au niveau de l'évolution et des contacts entre langues différentes. En particulier, Lakhdhar concentre son étude sur certains emprunts, de l'arabe, du français et de l'italien, afin de montrer que des influences linguistiques s’exercent sur des langues appartenant à des groupes linguistiques même différents. Les mots choisis par l'auteur concernent l'arabe: ils ont été empruntés à des langues telles que l'italien et le français, adaptés par ces dernières du point de vue lexical et sémantique, pour revenir enfin, par le biais de ces langues, à un pays arabophone, notamment la Tunisie. Quant aux raisons qui ont entraîné ces modifications en dialectal tunisien, on rappelle des questions idéologiques et culturelles (préférence pour une langue considérée comme plus prestigieuse que la langue de départ). Il en résulte, enfin, l'éloignement lexical et sémantique apparent de ces mots par rapport à leur sens et à leur source originaire, dans ce cas l'arabe classique, de manière que les arabophones tunisiens les perçoivent comme des mots venus d'ailleurs, alors que, en fait, leur affiliation appartient à plein titre à l'arabe.

Mariagrazia MARGARITO, Une valise pour bien voyager… avec les italianismes du français, pp. 63-73.
La recherche menée par l’auteur contribue à enrichir les études concernant les italianismes qui figurent en français contemporain, notamment à partir des deux filières de l’analyse quantitative et des domaines sémantiques. Ce qui se traduit par la prise en compte de listes de mots italiens entrés dans le lexique français dans le premier cas, des champs sémantiques qui ont été préférés lors du processus d’emprunt dans le second cas. Il en dérive que l'attention se concentre non seulement sur le lexique italien entré en français, mais aussi sur la morphologie, comme en témoigne l’usage en français du morphème suffixal –issime, issu de l’italien.
Quant aux types d’ouvrages consultés pour la présente contribution, l'auteure fait référence à des dictionnaires contemporains du français, tout comme à des guides touristiques contemporains du français traitant de l’Italie, en particulier de la Sicile. C’est ainsi qu’à travers l’examen de répertoires différents, tels que l’alimentation, l'étude se focalise sur les possibilités différentes dont le français peut se servir pour rendre les italianismes, c’est-à-dire à l’appui de traduisants français, de réélaboration par gloses, de notations métalinguistiques et encyclopédiques ou, au contraire, à l'absence d'indications. D’où, par conséquent, l’intégration de ces emprunts à l’italien en français contemporain et la proposition d’une typologie classificatoire.

Pascale JANOT, Les italianismes au service du discours médiatique du correspondant permanent français en Italie, pp. 75-85.
Cette contribution a pour but l'étude des italianismes dans le discours d'information médiatique de l'un des correspondants permanents français en Italie dans la presse généraliste française. En particulier, le corpus examiné se compose de 92 articles, parus entre 2003 et 2007, tirés du Nouvel Observateur et rédigés par Marcelle Padovani, correspondante à Rome. C'est ainsi que la recherche ici proposée consiste en l'observation, le classement et l'emploi que la journaliste fait des italianismes qui apparaissent dans ces articles. D'où la répartition détaillée des emprunts de l'italien en emprunts lexicalisés, en calques, en xénismes, en xénismes glosés et en créations hybrides, ainsi que la mise en exergue des marques diacritiques spécifiques dont Padovani se sert pour mieux ponctuer la présence d'italianismes. Quant à leur emploi, leur fréquence est remarquable tout au long des articles, de manière à acquérir non seulement une fonction discursive particulière, qui vise à la description de plusieurs réalités italiennes, mais également à enrichir le texte d'éléments exotiques. Ce trait représente, entre autres, une tendance d’usage plus généralisée dans une langue de mots empruntés à des langues différentes.

Maria Teresa ZANOLA, Les anglicismes et le français du XXIe siècle : La fin du franglais ?, pp. 87-96.
Zanola traite dans son étude de l’état de la langue française à partir de la moitié du XXe siècle pour arriver au début du XXIe siècle. En détail, le thème central de cette contribution consiste en l’importance que les emprunts, surtout à l’anglais, revêtent à l’heure actuelle en français et, par conséquent, en la possibilité que cette dernière langue se serve de mots propres pour véhiculer les concepts que l’on est désormais mené à exprimer par des néologismes. C’est ainsi que Zanola se concentre sur une réflexion profonde sur la langue française, menacée par la montée et l’emploi de plus en plus répandus du franglais. D’où, pour faire face à l’avancée de ce phénomène, la description des actions de politique linguistique pour défendre le français, grâce à des initiatives institutionnelles et privées en la matière. Par rapport aux domaines où le franglais figure le plus souvent, on rappelle bien évidemment l’économie, l’informatique et la science. C’est alors à cette terminologie spécialisée, notamment de la langue de l’économie et des finances, que cetet contribution fait appel tout particulièrement. Elle explore l’apparition et l’usage de plus en plus important des remplaçants français proposés par ces associations francophones, afin de réduire l’emploi des mots correspondants de l’anglais, dans le but de diffuser des habitudes terminologiques qui privilégient l’emploi de mots français au détriment de ceux qui ont été forgés en franglais.

Rachele RAUS, Lexique, phraséologie et structures en migration dans les offres d’emploi françaises, anglaises et italiennes, pp. 99-107.
Cette contribution s’intéresse des migrations de structures au niveau lexical, phrastique et discursif entre trois langues : le français, l’italien et l’anglais. Ce qui implique les attitudes que le français et l’italien mettent en œuvre face à l’émergence d’emprunts anglo-américains dans le genre discursif et textuel des offres d’emploi. Le corpus choisi se compose des offres d’emploi parues dans trois quotidiens papier – Le Figaro, The Times, Repubblica - pendant une période de 27 ans, de 1980 à 2007.
Tout d’abord, l’auteure partage les migrations recueillies sous l’aspect terminologique et prend en compte le type de politique linguistique mené aux égards des anglicismes par le français et par l’italien, c’est-à-dire de volonté de défense de langue française dans le premier cas, de manque de décision politique sur le maintien de mots italiens dans le second. Au-delà de cet aspect, les offres d’emploi des trois langues présentent également des différences au niveau phraséologique, là où les influences de l’anglais sur les deux autres langues se succèdent, pour en finir avec la création d’un jargon ad hoc des offres d’emploi, harmonisé sur la base des trois langues-cultures examinées. C’est toutefois au niveau des migrations d’ordre discursif et textuel que les différences entre les trois langues restent les plus évidentes. Si, d’une part, il est possible de relever une structure figée répartie en quatre sections des offres d’emploi au-delà de la langue-culture analysée, d’autre part, il faut tenir compte de la présence de formes transculturelles qui varient d’une langue-culture à l’autre, comme les choix énonciatifs en témoignent.

Maria Margherita MATTIODA, L’« Eau d’Issey » delle marche. Migrazioni lessico-culturali nell’onomastica commerciale, pp. 109-121.
Dans cette contribution Mattioda examine certains noms de marques et de produits français, italiens et internationaux. Si l’on observe les noms de marques et de produits concurrentiels, leur appartenance à la catégorie des mots migrateurs - notamment les noms qui renvoient à la mémoire collective et, plus particulièrement, à l’histoire de la civilisation occidentale – saute aux yeux. Par conséquent, à partir des problèmes linguistiques engendrés par les mots marca et marchio de l’italien, là où un mot unique figure en français, marque, et en anglais, brand, l’auteure s’interroge à propos des migrations lexicales qui intéressent nombre de mots de marques et de leur typologie, qui s’appuient surtout sur la mythologie et sur le lexique latin et grec. D’où la volonté de faire appel à une culture savante et recherchée à travers des anthroponymes, des zoonymes, des ergonymes empruntés au grec ou au latin et rendus en tant qu’emprunts ou bien adaptés à la langue-culture qui s’en sert. Il est remarquable que cette recherche d’étrangeté et d’érudition touche non seulement aux marques de produits, mais aussi au discours promotionnel en entier, ce qui répond à une stratégie persuasive bien raisonnée de la part des acteurs de l’argumentation publicitaire. En effet, le but des entreprises consiste à faire émerger leur marque et à la différencier par rapport aux concurrents : or, le recours à des références mythiques et à l’histoire entraînerait, à ce propos, un mélange interlinguistique et interculturel où le discours économique et le discours des lettres, le produit et le discours poétique, le monde réel et le monde imaginaire se mêlent.

Laure BIANCHINI, Micaela ROSSI, Abdelouahed MABROUR, Les mots de l’eau : entre terminologie spécialisée et analyse interculturelle, pp. 123-132.
Cette contribution tire son origine d’une étude sur les retombées méthodologiques et interculturelles mises en exergue à partir de la comparaison d’un glossaire terminologique quadrilingue. Celui-ci, nommé Les mots de l'eauu et réalisé au sein du projet INTERREG III B Médoc, se compose d’à peu près 200 fiches techniques au sujet des mots dont le français, l’italien, l’espagnol et l’arabe se servent pour faire référence au domaine de l’eau. On met en relief que la recherche terminologique, traditionnellement apanage de la langue, entraîne également la parole en discours, pour ce qui est non seulement de la variation textuelle et discursive, mais aussi de la culture. En effet, le champ de l’eau est traité par rapport aux termes utilisés pour nommer l’eau et ses emplois, tout comme relativement aux valeurs que l’eau acquiert dans les langues-cultures examinées. Par conséquent, l’étude de quatre langues appartenant à deux grandes familles linguistiques – l’indo-européenne, notamment romane, et la chamito-sémitique, notamment sémitique – dans un domaine aussi vaste que celui de l’eau, où des termes de plusieurs disciplines se croisent, se focalise sur le traitement de quelques entrées en perspective interculturelle. De ce fait, l’observation du vocabulaire de l’eau dans les quatre langues sous l’aspect sociolinguistique laisse transparaître, d’une part, la présence de termes qui se rapportent au vocabulaire général, où les mots de l’eau peuvent présenter plus d’un sens suivant la situation de communication d’une langue à l’autre, à côté des termes qui ont trait au discours spécialisé, dont la dénomination est en revanche univoque. D’autre part, une relation d’autonomie linguistique due à des dénominations spécifiques propres à une langue donnée qui concerne l’arabe, là où les trois autres langues montrent une relation de contact engendrée par l’appartenance au même groupe linguistique. Enfin, c’est toujours la composante culturelle qui joue un rôle non négligeable dans l’intégration d’un terme dans une langue à travers l’emprunt et le calque, puisque la traduction littérale d’un terme scientifique par un néologisme scientifique engendrerait la dominance de la langue qui emprunte sur la langue d’accueil.
[ALIDA SILLETTI]

Per citare questo articolo:

Marie-Berthe VITTOZ (ed.), Les mots migrateurs : L'interculturel en œuvre, Synergie Italie, vol. 4, 2008, pp. 143, Carnets de lectures n.8, 9, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=107

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