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Jean PRUVOST, Micheline GUILPAIN-GIRAUD, Julie DE BLOIS (dir.)

Pierre LAROUSSE Du Grand Dictionnaire au Petit Larousse

PIERRE LAROUSSE DU GRAND DICTIONNAIRE AU PETIT LAROUSSE

Jean PRUVOST, Micheline GUILPAIN-GIRAUD (dir.), avec la collaboration de Julie DE BLOIS, Pierre LAROUSSE Du Grand Dictionnaire au Petit Larousse, « Actes du Colloque International organisé par Micheline GUILPAIN-GIRAUD et L’Association Pierre Larousse, Toucy, 26-27 mai 2000 », Paris, Honoré Champion Editeur, 2009, pp. 369.

Les douze articles de recueil, actes du colloque international de Toucy organisé en mai 2000, sont entièrement consacrés à l’œuvre du grand lexicographe que l’on découvre également linguiste, lexicologue, grammairien et littérateur à travers les différentes interventions des experts. Le recueil, préfacé par Jean Pruvost, s’articule en deux parties portant d’une part sur Les dictionnaires et les manuels de Pierre Larousse, partie subdivisée à son tour en trois chapitres, et d’autre part sur Les petits et grands Larousse, comprenant deux chapitres dédiés l’un au Petit Larousse et l’autre aux Grands Larousse.

Le premier chapitre de la première partie propose les interventions de Jean-Yves Mollier et Jean Pruvost sur Pierre Larousse et ses dictionnaires.
Jean-Yves MOLLIER, L’œuvre de Pierre Larousse, p. 37-47.
Jean-Yves Mollier illustre la richesse de l’œuvre de Pierre Larousse, s’attachant en particulier aux trois aspects fondamentaux de cette personnalité complexe : l’important travail de pédagogue, vocation première de cet ancien instituteur avant de devenir lexicographe, aboutissant à la rédaction de nombreux manuels à l’usage des élèves et des maîtres, l’immense labeur de l’encyclopédiste mené pour l’élaboration du Grand Dictionnaire Universel du XIXème siècle en 15 volumes, et enfin la figure de l’intellectuel engagé, républicain et laïc, pacifiste, anticlérical et libre penseur.
Jean PRUVOST, Du Nouveau Dictionnaire de la Langue Française (1856) au Grand Dictionnaire Universel du XIXème siècle (1866-1876) : D’un monument à l’autre, p. 49-73.
Jean Pruvost montre, à travers une analyse détaillée, comment le petit Nouveau Dictionnaire de la Langue Française de 1856 constitue une sorte de protodictionnaire, galop d’essai définitoire et prototype pour la gestion harmonieuse de la nomenclature du futur Grand Dictionnaire Universel, constituant une expérience fructueuse et favorisant l’homogénéité du grand dictionnaire plurivolumaire.

Le second chapitre consacré au Grand Dictionnaire Universel du XIXème siècle comporte les études d’Elisabeth Grimaldi et de Henri Mitterand.
Elisabeth GRIMALDI, Interaction entre fonction encyclopédique et fonction linguistique : les réponses des « Grands Dictionnaires » du XIXème siècle, p. 77-113.
Elisabeth GrimaldiI illustre la problématique de la séparation typologique entre dictionnaires de langue et dictionnaires encyclopédiques, ou, selon la formule traditionnelle, dictionnaires de mots et dictionnaires de choses. Son analyse minutieuse démontre que cette catégorisation dichotomique ne peut en réalité être appliquée aux Grands Dictionnaires du XIXème siècle, puisque le partage typologique est incertain car traversé par de continuelles interactions fonctionnelles et sémantiques.
Henri MITTERAND, Zola et le Grand Dictionnaire Universel du XIXème siècle, p. 115-125.
Henri Mitterand analyse les corrélations entre l’œuvre de Pierre Larousse et celle de Zola, à travers trois aspects : les incursions de Zola dans l’univers de Larousse, le néo-encyclopédisme commun à ces deux observateurs du monde moderne, et le rôle du Grand Dictionnaire Universel dans la genèse des Rougon-Macquart.

Les contributions de Simone Delesalle et Etienne-Stéphane Karabetian constituent le troisième chapitre portant sur Les grammaires Larousse.
Simone DELESALLE, Les lexicologies et la lexicographie, p. 129-141.
Simone Delesalle se penche sur l’évolution du travail de Pierre Larousse autour des années 1853-1858, durant lesquelles il achève de poser les bases de ses ouvrages grammaticaux et commence la série des dictionnaires. Les manuels de Larousse sont en fait des lexicologies destinées aux jeunes élèves et instaurant une méthode finalisée à la maîtrise du lexique, à travers l’orthographe, l’étymologie, la dérivation, la synonymie, bref la maîtrise du sens, anticipant en cela la naissance de la sémantique de la fin du XIXème siècle avec Darmesteter et Bréal.
Etienne-Stéphane KARABETIAN, La conception du style chez Pierre Larousse : la parenté avec les arts d’écrire antiques, p. 143-156.
L’analyse d’Etienne-Stéphane Karabetian illustre la façon dont la conception du style dans les grammaires lexicologiques de Larousse réactualise les conceptions grecques et latines des arts d’écrire, s’articulant sur trois types d’approche du style : par les défauts et qualités de l’énoncé à la manière des artes antiques, par l’initiation à la rhétorique (l’invention, la disposition, l’élocution), et enfin par la compréhension et l’imitation des grands auteurs.

Le premier chapitre de la seconde partie, entièrement consacré au Petit Larousse, regroupe les interventions de Julie De Blois, Jean-Claude Boulanger, Alise Lehmann et François Corbin.
Julie DE BLOIS, Le dictionnaire Petit Larousse d’hier à aujourd’hui : « Toujours le même, toujours différent » ou l’évolution d’un produit dictionnairique, p. 161-204.
Julie De Blois dresse le panorama complet des transformations subies par le Petit Larousse au cours de son histoire (1906-2000), examinant les évolutions graphiques telles que les titres, les couvertures, les différentes semeuses, l’iconographie, les lettrines capitulaires et paragraphiques, montrant ainsi son adaptation continuelle à la modernité.
Jean-Claude BOULANGER, Le Petit Larousse au Québec : brève histoire et influence, p. 205-222.
Jean-Claude Boulanger s’attache à retracer l’histoire et le succès du Petit Larousse au Québec, illustrant sa large diffusion, ainsi que la présence canadienne dans la nomenclature par l’introduction des canadianismes de bon aloi (CBA) dont la liste fut préparée par l’Office de la Langue Française du Québec en 1969. Il analyse en outre la perception des Québécois vis-à-vis du traitement de ces québécismes dans le Petit Larousse, observant un décalage entre la langue expliquée - les entrées québécoises - et la langue expliquante – le français hexagonal, décalage inévitable qui n’empêche pas les Québécois d’être néanmoins reconnaissants au dictionnaire pour sa contribution à la diffusion de leurs mots.
Alise LEHMANN, L’évolution culturelle du Petit Larousse : l’exemple de la sexualité, p. 223-239.
Alise Lehmann conduit une étude minutieuse de l’évolution culturelle du Petit Larousse dans un domaine tabou où la censure sociale s’exerce tout particulièrement, celui de la sexualité. Considérant le dictionnaire de 1906 à 1980, elle analyse la présence et l’intégration progressive des mots et acceptions relatives à l’appareil génital masculin et féminin pour arriver à la conclusion que, malgré le poids de la censure inhérent à la rédaction de tout dictionnaire, le Petit Larousse s’en dégage progressivement et témoigne d’une remarquable adaptation.
François CORBIN, Image-outil et image-spectacle : sur la dualité de l’iconographie du Petit Larousse Illustré (millésimes 2000 et 2001), p. 241-287.
François Corbin mène une réflexion sur la dualité de l’iconographie constituée aussi bien par l’apport informationnel des documents iconographiques que par la spectacularisation par l’image. Les millésimes 2000 et 2001 font l’objet de cette analyse sur les modalités de l’articulation entre fonctionnalité et attractivité qui révèle le caractère de promenade visuelle de la consultation de ces dictionnaires.

Le second chapitre consacré cette fois aux Grands Larousse comporte les contributions de Gérard Mottet et de Gérard Taverdet.
Gérard MOTTET, Géographie et sciences de la Terre dans les dictionnaires Larousse : évolution de la pensée de 1964 à 1990, p. 291-298.
L’étude de Gérard Mottet sur les articles consacrés aux sciences de la Terre et à la géographie dans le Grand Larousse encyclopédique de 1964 et dans le Grand Larousse de 1990, révèle la précision rigoureuse des définitions et de la connaissance du moment, l’ampleur des synthèses historiques précédant la présentation géographique des Etats, ainsi que l’adaptation aux problématiques contemporaines en 1990 avec l’exposition de la théorie de la tectonique des plaques et des termes associés à l’écologie.
Gérard TAVERDET, Les régionalismes dans les dictionnaires, p. 301-313.
Gérard Taverdet dresse un état des lieux de la présence des régionalismes dans quelques Grand Larousse, constatant les défaillances des dictionnaires dans le traitement de cette catégorie lexicale difficile à gérer lexicographiquement.

L’intérêt indiscutable de ce volume réside dans la multiplicité des problématiques et l’acuité des regards experts qui offrent une synthèse précieuse et complète pour les études laroussiennes.

[PATRICIA KOTTELAT]


Per citare questo articolo:

Jean PRUVOST, Micheline GUILPAIN-GIRAUD, Julie DE BLOIS (dir.), Pierre LAROUSSE Du Grand Dictionnaire au Petit Larousse, Carnets de lecture n.9, 10, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=145

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