Versione stampabile

Danielle LONDEI - Sophie MOIRAND – Sandrine REBOUL-TOURÉ – Licia REGGIANI (éd.)

Dire l’événement. Langage mémoire société

Danielle LONDEI - Sophie MOIRAND – Sandrine REBOUL-TOURÉ – Licia REGGIANI (éd.), Dire l’événement. Langage mémoire société, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2013, 354 pp.

Cet ouvrage collectif, issu d’une rencontre internationale organisée par les Universités de Bologne-Forlì et Sorbonne Nouvelle à la Villa Finaly de Florence en 2011, veut « proposer une approche transversale, pluridisciplinaire et plurinationale d’un objet polyréférentiel, espérant susciter de nouveaux trajets pour aller plus loin dans la recherche des sens de l’ « événement » » (16) tout en adaptant une approche linguistique et discursive à l’événement qui pose comme point de départ commun « la construction des référents par le discours » (16).

Le volume est organisé en cinq sections, chacune envisageant l’événement à partir d’une perspective différente : « L’événement dans l’espace social », « Les médias et la représentation de l’événement », « L’histoire : entre oubli et mémoire », « Du nom d’événement au non-événement » et « La langue et l’événement ».

« Le sens de l’événement » (11-20), introduction de Danielle Londei, Sophie Moirand, Sandrine Reboul-Touré et Licia Reggiani, présente les objectifs de l’ouvrage et les perspectives selon lesquelles la question de l’événement sera abordée dans ce qui suit.

La première section, « L’événement dans l’espace social », est ouverte par le texte d’Olivier Turbide, Diane Vincent et Eric Kavanagh (« Repères méthodologiques pour l’analyse des discours sociaux. Lorsqu’un tweet devient une affaire », 23-34) qui utilise un exemple ponctuel pour démontrer l’efficacité d’une méthodologie de reconstruction et d’interprétation d’un événement médiatique. A partir d’un tweet dans lequel une chanteuse, Cœur de pirate, a été qualifiée péjorativement par un animateur de radio, les auteurs présentent la constitution de leur corpus, composé d’une stratification de discours différents qui représentent la transformation médiatique de l’événement en affaire.

Jean Paul Dufiet analyse dans « L’inauguration du centre Pompidou de Metz : d’un événement aux discours sur l’événement » (35-48) un corpus composé de trois volets (le discours d’inauguration du président de la République, les publications culturelles du CPM et les discours médiatiques qui entourent l’événement) à partir d’une problématique sémantique et symbolique. En particulier, Dufiet se penche sur la formule « nouvelle renaissance lorraine », sur la recherche du consensus et les polémiques que l’événement a générées, ainsi que sur l’argumentation au sein du discours présidentiel, afin de montrer comment ce référent discursif unique (le CPM) est événementialisé.

« Voir, montrer, dire un « carnaval des rues » : dans un centre de vidéosurveillance » (49-59) est le titre de la contribution de Bruno Bonu, Mathias Broth, Dominique Crozat, Laurent Fauré, Catherine Sélimanovski qui analyse, dans une démarche pluridisciplinaire qui relève à la fois de la géographie culturelle des pratiques, de l’analyse du discours et de l’analyse des interactions, la gestion de la part des travailleurs d’un centre de vidéosurveillance d’un défilé de carnaval « alternatif et informel » (49) dans la nuit du mardi gras 2010. Or, cette mise en discours est précédée d’un formatage de l’événement de la part des forces de l’ordre qui incite le personnel du centre à anticiper les conduites potentiellement dangereuses et suivie d’un récit à posteriori par la presse locale.

Marty Laforest nous livre de son côté « Le motif de l’appel d’urgence : la construction de l’événement dans l’interaction téléphonique » (61-72), une analyse de la construction et de la nomination de l’événement par le biais d’une enquête menée sur un corpus de 61 appels téléphoniques à un centre d’appels d’urgence au Québec. L’événement étant ici le motif de l’appel d’urgence, le préposé du centre (répartiteur), qui a la tâche de le transmettre à une autre instance publique (police, hôpital, etc.), doit évaluer rapidement la pertinence de l’appel, qui est souvent négociée avec l’appelant, et comprendre l’événement afin d’envoyer l’aide nécessaire.

En conclusion de cette première section, Frédérique Sitri nous présente « Une lecture événementielle du verbe « pouvoir » dans des rapports de travailleurs sociaux » (73-84) où elle analyse les emplois du verbe dans des énoncés relatant des événements contenus dans des rapports de signalement d’enfants en danger. Après une présentation des emplois principaux de pouvoir dans la bibliographie sur le sujet, l’auteure conclut que d’une part pouvoir marque souvent un événement notable qui aurait pu ne pas se produire et que d’autre part il dénote un « effet de sens de « capacité » indiquant une « réussite » du sujet ou un obstacle surmonté » (83).

La section suivante (« Les médias et la représentation de l’événement ») commence avec le texte d’Elisa Ravazzolo qui analyse « Les stratégies de représentation d’un « événement provoqué ». Le débat sur l’interdiction du voile intégral à la télévision » (87-97) à partir de l’étude de deux émissions de Ça vous regarde, la première portant sur la présentation et la discussion du projet de loi sur le port du voile (5 mai 2010), la deuxième sur l’adoption du texte de la loi à l’Assemblée Nationale (13 juillet 2010). Après une présentation des positions qui s’affrontent dans la polémique (tenants du projet de loi d’un côté, opposants au projet de loi mais aussi opposants à la nécessité de légiférer sur le port de la burqa de l’autre) et une analyse de la mise en scène de l’événement et du rôle de l’animateur, Ravazzolo conclut en questionnant l’efficacité démocratique de ce dispositif de mise en scène polémique.

La contribution suivante, « Un regard ethnographique sur la production du journal télévisé. Le traitement des « sonores » en langue étrangère à la RTBF » (99-111) d’Els Tobback et Geert Jacobs, se penche sur les enregistrements sonores qui sont intégrés au JT de la télévision belge en langue française à partir d’un corpus de 8 JT, constituant 5 heures d’émission. Les auteurs analysent en particulier la démarche d’élaboration des morceaux en langue étrangère suivant le processus qui va de la réunion de rédaction à la synchronisation des images et du son. Il apparait que, dans le contexte belge, « la langue des sonores à la disposition du journaliste est bien un facteur qui détermine au moins partiellement le traitement qui leur est réservé » (111), puisque, par exemple, dans un reportage sur la mode toutes les parties concernant les Flandres sont éliminées dans la version française, alors que seul le sonore sur les Etats-Unis est conservé.

A partir de l’analyse de l’éditorial vidéo de L’Express du 16 septembre et de l’émission Mots croisés du 27 septembre 2010, Francesca Cabasino se penche, dans « Les représentations de la crise entre la France et l’UE sur la question des Roms » (113-119), sur la dimension argumentative du débat politique contemporain et sur sa mise en scène. En effet, par la construction des interactions médiatisées (jeu des questions, termes d’adresse, etc.), les médias audiovisuels transforment en événement le cadre symbolique du discours politique.

Les deux contributions suivantes abordent le sujet de la médiatisation des alertes concernant deux pandémies plus récentes : la grippe aviaire et la grippe A. « Le récit d’un « drame » possible : la mise en discours de la grippe aviaire dans la presse française » (123-136) de Ferenc Fodor examine la mise en discours de la grippe aviaire dans la presse française entre mars et novembre 2005, en se penchant surtout sur l’ « oscillation discursive » entre dramatisation et ré-assurance et sur les univers de sens créés par la médiatisation, afin de proposer deux modélisations différentes de la mise en scène discursive de cet événement sur la base su modèle actanciel de Greimas, selon que le héros en soit le virus ou l’humanité.

Dans « Santé publique et presse quotidienne nationale. Le cas de la grippe A (H1N1) dans Le Monde » (137-148), Olivier Laügt et Pascale Vergely analysent un corpus d’articles parus sur le sujet entre le 26 avril 2009 (début de l’alerte) et le 12 août 2010 (fin de la pandémie). L’étude permet de dégager dans ce corpus quatre univers sémantiques : alerte, pathologie, vaccin et politique et de suivre leur évolution diachronique. Une analyse des titres confirme les résultats de l’analyse du corpus : l’accent passe du médical à la quête d’une solution, à la polémique. En effet, « c’est moins la grippe en tant que telle qui alimente le discours d’ensemble que la réponse vaccinale qui lui est associée. La grippe A(H1N1) ne serait donc pas un événement médical, mais plutôt un événement politique » (148).

La troisième section, « L’histoire : entre oubli et mémoire », présente des contributions qui s’intéressent à des événements qui se sont produits avant la fin du XXe siècle. Dans le premier texte, « Obscurité, mutisme, violence : écrire le 2 décembre » (151-160), Thomas Bouchet tente de comprendre la réticence qui entoure depuis toujours la mise en discours du coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte de 1851, réticence qui concerne autant ceux qui y ont participé, ceux qui en ont bénéficié et même ceux qui s’y sont opposés, frappés qu’ils étaient d’un sentiment de honte. Cette « part d’ombre qu’il n’est ni possible ni souhaitable de réduire » est, pour Bouchet, une « composante essentielle de l’événement » (160).

Elio Ballardini enquête de son coté sur la contribution des interprètes à la construction médiatique du procès Eichmann de 1960 dans « Interpréter et traduire au procès Eichmann : construction médiatique d’un événement plurilingue » (161-170). Le service d’interprétation dans ce procès-événement est en effet très complexe à cause de la multiplicité des combinaisons linguistiques impliquant plusieurs langues (l’allemand, le français, l’anglais, l’hébreu, le russe, le hongrois le yiddish) et trois équipes d’interprètes, dont « l’apport fut essentiel à la construction de cet événement majeur » (170).

« La guerre civile espagnole et l’enseignement de l’Histoire. De l’école du premier franquisme à son actuelle démythification » (171-184), par Emile Lumière, traite de la représentation de la guerre civile dans les manuels scolaires du franquisme ainsi que de la révision qui se produit bien après la chute de celui-ci, à partir des années 1990. La deuxième partie de l’article se penche sur la pièce El sudario de tiza (2003), dans laquelle José Sanchis Sinisterra met en scène un professeur d’histoire qui explique à sa classe la période allant du début du XXe siècle à la guerre civile en s’imposant une autocensure qui le mène à l’impossibilité d’une prise de parole cohérente.

En avançant diachroniquement vers la contemporanéité, Eni Puccinelli Orlandi (« Événement discursif, mémoire et interprétation : à propos du documentaire São Carlos/1968 », 185-193) aborde le politique et la politique tel qu’ils sont représentés dans un documentaire (le São Carlos/1968 du titre) réalisé par João Massarolo au Brésil au moment où la dictature s’installe et montrant une manifestation de chômeurs. Se concentrant surtout sur la relation entre mémoire, événement discursif, image et documentaire, Puccinelli Orlandi souligne que ce dernier constitue une version de l’événement qui « place dans l’histoire ce qui était passé sous silence » (193).

Abordant un sujet encore plus récent, Rachele Raus s’intéresse à la question de « L’absence du mot « parité » dans la révision constitutionnelle de 1999 ou l’histoire d’un refus » (195-204). Le corpus de travail, le dossier législatif relatif à la Loi constitutionnelle n° 99-569 du 8 juillet 1999, est examiné en référence à un corpus plus large constitué des débats international et national sur le sujet sur la base d’une hypothèse de départ selon laquelle « l’absence du terme « parité » dans le discours constitutionnel trouve sa justification dans la nature même de celui-ci, à savoir dans la difficulté du genre discours juridique à reconfigurer l’hyperlangue, suite à des mécanismes de reclassification et de recatégorisation ressentis comme allogènes, voire dangereux » (196), hypothèse qui est confirmée dans la conclusion.

Le non-événement traité dans la contribution précédente fait le lien avec la section 4, « Du nom d’événement au non-événement ». Celle-ci est ouverte par la contribution de Denis Barbet qui, dans « Dénomination et co-construction de l’événement : le cas « du » Grenelle » (207-219), reconstruit l’histoire de ce toponyme devenu par antonomase métonymique non seulement un nom d’événement, mais le nom d’une catégorie d’événements, dont le dernier exemplaire (le Grenelle de l’environnement) n’est qu’une « des strates […] du feuilleté sémantique et mémoriel […] » (208). A partir de l’analyse d’un vaste corpus non seulement médiatique allant de 1968 à nos jours, l’auteur retrace les débats qui ont entouré d’abord la dénomination de l’événement, puis sa co-construction (mise en avant de l’aspect novateur, de la portée historique, de la rupture, de la réussite de la négociation) et sa mise en discours.

Marie Véniard s’attache pour sa part à nous emmener « Du profil lexico-discursif du mot « crise » à la construction du sens social d’un événement » (221-232). Le profil lexico-discursif, qui « rassemble les caractéristiques préférentielles du fonctionnement discursif d’un mot sur les plans syntagmatique, syntaxique, sémantique, énonciatif, textuel et interdiscursif » (224), du mot « crise », qui nait dans le domaine médical et arrive à celui des relations internationales en passant par la politique, permet d’y identifier un sème pragmatique « [+ dont on veut voir arriver le terme], actualisé par des prédicats déterminés le plus souvent par des agents (ou bénéficiaires) indéfinis » (230).

Laura Calabrese Steimberg propose une réflexion sur « La nomination des événements dans le discours d’information : entre déférence et activité collective » (233-243) dont la première partie présente une explication de la construction d’un consensus social sur lequel repose la nomination d’un événement par les médias, et la deuxième illustre comment les acteurs institutionnels mais aussi les publics peuvent mettre à mal ce consensus. L’événement qui sert d’exemple est la « révolution du jasmin », pour l’analyse médiatique duquel l’auteure utilise le « concept de déférence, qui explique que nous déléguons aux médias certaines tâches de sélection et de nomination de l’information » (236). Par ailleurs, Calabrese Steinberg souligne l’importance des outils du web 2.0 pour la nomination d’événements dans le discours d’information, ce qui relève d’une logique à la fois déférentielle et collective.

Eduardo Guimarães analyse pour sa part « Le sens du mot « histoire » chez quatre linguistes brésiliens. Réflexions sur les relations entre événement et désignation » (245-252). Les écrits des quatre linguistes en question (Mattoso Cãmara, Henrique Maurer, Serafim da Silva Neto et Silveira Bueno) couvrent la période allant de 1940 à 1969 et sont très marqués par l’approche structuraliste. L’auteur, partant du mode d’intégration (au sens de Benveniste) du mot « histoire » dans les énoncés, présente les relations de cette unité lexicale avec les notions de temps et d’origine, puis avec celle de civilisation, afin de montrer que « la constitution d’un concept ou d’une notion est produite par l’énonciation discursive » (252).

Dans « L’événement-argument, support de la circulation idéologique : Villiers-le-Bel (novembre 2007) et « la voyoucratie » » (253-266), Fred Hailon cherche à « montrer comment le discours médiatique, dès lors qu’il parle des banlieues, s’inscrit dans un continuum sémantique identitaire qui aurait en référence un constituant idéologique, celui du Front National […] » (253). Le corpus de presse analysé pour cette étude se compose de deux sous-corpus : celui de la campagne présidentielle de 2002 (presse quotidienne nationale) et celui de 2007 (nouvelle campagne présidentielle et année des violences de Villiers-le-Bel) qui inclut la presse nationale, les hebdomadaires et les discours du Président en exercice, Sarkozy. Sur la base des théories d’Authier-Revuz sur l’hétérogénéité discursive, Hailon montre que le traitement des événements de Villiers-le-Bel, réactivent, par l’emploi du mot « voyoucratie », la doxa frontiste établissant une équivalence entre insécurité et banlieues.

Dans « Le rôle des événements dans la portée des arguments : une affaire de « précédents » » (267-283), Francis Chateauraynaud et Marianne Doury analysent l’exploitation de l’argument du « précédent » dans les controverses, afin de saisir les relations entre discours et événement. Cette étude, fondée à la fois sur l’analyse argumentative et la socio-informatique des corpus, exploite notamment un outil informatique (le logiciel Prospéro) afin d’identifier dans un corpus, même par le biais d’indices formels, les exemples de construction discursive de « précédents ». L’analyse de la construction discursive des limites temporelles d’un débat, l’établissement d’une typologie de procédés argumentatifs à base temporelle, la prise en compte de la nature du précédent du point de vue axiologique et du statut de son évaluation permettent aux auteurs de réfléchir sur l’ancrage micro- et macro-historique de l’argumentation fondée sur les « précédents ».

Mariagrazia Margarito aborde dans « Marcher, courir : écriture et non-événement » (285-307) la question de la représentation, dans l’écriture, du non-événement constitué par la marche et la course, ce continuum que l’événement interrompt, selon Murakami, A partir d’un « archipel d’observables » défini comme « ensemble spongieux de données hétérogènes » (292), Margarito passe en revue les environnements contextuels de la marche/course, les comparaisons où celles-ci fonctionnent comme comparé, et les représentations qui lui sont associées.

Michel Charolles et Béatrice Lamiroy (« « Fait » ou « événement » : quelles différences linguistiques », 297-307) explorent les différences lexicales entre les noms fait et événement, en s’intéressant surtout aux propriétés de « fait » qui en ont permis la grammaticalisation, selon l’hypothèse de départ qu’il devait y avoir une différence essentielle entre les deux. Après une analyse des propriétés sémantiques – d’après laquelle événement possède un trait [+qualité], alors qu’un fait est présenté comme vrai – et syntaxiques – fait est prédicatif -, les auteurs passent à l’examen ponctuel de l’évolution de la locution en fait d’un stade lexical plein à un stade intersubjectif, dans lequel en fait n’a plus que la fonction de signaler la prise de parole du locuteur.

Dans « Signifié de la phrase et événement : la mise en forme linguistique » (309-318), Michele Prandi met en question le choix exclusif traditionnel de la linguistique entre l’imposition du sens par la structure linguistique aux concepts d’une part et l’existence d’une structure sémantique indépendante de la forme linguistique de l’autre. Ses recherches sur les contenus complexes conflictuels l’ont poussé à conclure que le codage n’est pas unidirectionnel mais bidirectionnel et que le contenu sémantique des énoncés se construit dans une « interaction variable et empiriquement vérifiable entre une syntaxe des formes et une syntaxe des concepts cohérents » (312).

Une bibliographie très abondante et un index des notions extrêmement utile pour la consultation ponctuelle viennent compléter le recueil.

[ANNA GIAUFRET]

Per citare questo articolo:

Danielle LONDEI - Sophie MOIRAND – Sandrine REBOUL-TOURÉ – Licia REGGIANI (éd.), Dire l’événement. Langage mémoire société, Carnets de lecture n.24, 25, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=357

Il logo di Farum

Questo sito è stato realizzato con DOMUS