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Fred HAILON

Étude(s) de cognition politique. Discours, pensée, société

Fred HAILON, Étude(s) de cognition politique. Discours, pensée, société, Harmattan, Paris, 2017, pp. 200.

Étude(s) de cognition politique est une synthèse raisonnée d’articles scientifiques, originaux ou refondus, de Fred HAILON, qui rassemblent ses recherches sur la cognition politique et sur les discours médiatiques et politiques. Par ce choix, l’auteur met en évidence l’hétérogénéité des sujets traités, tout en fournissant une clé de lecture basée sur une homogénéité des analyses et sur la mise en scène, par une approche cognitivo-culturelle et transdisciplinaire, des formes politiques des discours de société. C’est pourquoi le corpus utilisé par HAILON est varié tant par support (papier et numérique) que par genre (presse papier ; tracts politiques ; commentaires d’internautes ; documents institutionnels ; médiations numériques ; argumentaires politiques). Il s’étend sur quinze années (2002-2017) et cumule, au niveau international, les attaques terroristes de septembre 2001 aux États-Unis, les crises migratoires des Haïtiens et les guerres de Syrie, Lybie et Iraq ; au niveau national, les campagnes pour les élections présidentielles en France de 2002 à 2017 ; au niveau local, les élections cantonales et régionales françaises de 2015 et des événements liés à la ville de Poitiers. Cet ouvrage vise ainsi à faire ressortir la construction écologique du sens et à réfléchir sur les études de discours des sociétés : son dénominateur commun relève de l’identification de ce qui est représentatif de la société, afin de « desceller le pouvoir sur la représentation, […] ce qui fonde les vérités d’évidence sur le faits de discours » (p. 15).
Hormis la Préface d’Arnaud Richard (pp. 9-10) et la Présentation de l’auteur (pp. 11-17), ce volume se compose de cinq études, suivies d’une conclusion, des Références bibliographiques (pp. 171-180) et de l’Index des concepts (pp. 181-196).
La première étude, La cognition au cœur du politique (pp. 19-42), aborde les conditions cognitives de la discursivité. C’est par les concepts analytiques opératoires d’amalgame et d’hétérogénéité que Fred HAILON analyse le discours du Front national au sein de deux tracts de 2014. Ce discours, typique de ce parti d’extrême droite par horizon d’attente et par idéologie, cumule et superpose une multiplicité de dires qui façonnent et amalgament une « rhétorique de la marge » et un « discours mortifère » dont le but est l’institutionnalisation politique.
La deuxième recherche, La stéréotypie des altérités : les cadres réitératifs de la mémoire socioculturelle (pp. 43-65), analyse la réitération et les potentialités analytiques, en analyse du discours, du stéréotype. Un exemple de stéréotypie mémorielle, à savoir l’« hypertrophie » mémorielle relevant de la « Bataille de Poitiers » de 732 entre Charles Martel et les Sarrazins, est évoquée comme modèle de discours identitaire extrémiste au sein des commentaires d’internautes des supports de presse et des réseaux sociaux suite à deux événements mettant en cause l’islam. C’est ainsi qu’affleure une réappropriation idéologique de l’histoire et des mémoires associées : par certains commentaires d’internautes, Poitiers devient le stéréotype-pivot de la défense identitaire hexagonale et le véhicule de représentations anxiogènes de la société.
La construction et la réalisation numériques de savoir de sens commun font l’objet de la troisième étude (Nouvelles pratiques médiatiques : construction et réalisation numériques de savoirs de sens commun, pp. 67-86), consacrée à la multimédiation des discours dans des supports de presse papier et en ligne. A partir de présupposés de réalisation de sens commun dans le cadre de la sémantique médiatique du numérique et par rapport aux campagnes présidentielles en France, l’attention de l’auteur est focalisée sur l’occurrence « tolérance zéro » et sur ses retombées sémantiques et technocratiques. L’analyse de ce syntagme, qui est l’effet d’un discours insécuritaire identitaire, montre son rattachement aux argumentaires de la droite et de l’extrême droite françaises.
La quatrième recherche, Étude de discours médiatiques en situation interculturelle : le cas d’Hispaniola (pp. 87-110), aborde la sphère langagière politico-publique en termes de problématiques de subjectivisation historico-politique liées aux notions de sujet politique et de codage politique. Le contexte géopolitique visé est celui des Caraïbes, notamment les implications de l’arrêt 168-13 de novembre 2014 adopté par la Cour constitutionnelle dominicaine, qui, de fait, prive les Dominicains d’ascendance haïtienne d’Hispaniola – partagée par Haïti et par la République dominicaine –, de leur nationalité. L’analyse de la presse en ligne de langue française et espagnole démontre que l’argumentation du racisme, des concepts de nomination et d’auto-identification assujettissante débouchent sur l’ethnonymie et sont le reflet de la domination coloniale. Ainsi des frontières identitaires activent-elles des frontières en discours qui délimitent des espaces d’altérités d’identification.
La dernière étude, Spatiotypies politiques : percevoir et penser le pouvoir face aux territoires (pp. 111-159), est complémentaire de ce que l’auteur évoque en contexte national et d’espace interculturel. L’attention porte sur les « spatiotypies politiques », c’est-à-dire des typologies argumentées spatialement et politiquement qui sont en relation avec les notions de territoire, d’identité et de pouvoir. L’examen de l’émission et de la réception identitaires et autoréificatrices dans des situations de migration permet d’éclairer les positionnements identitaires des politiques français à l’égard de la « crise des banlieues », de la « crise migratoire », ainsi que des espaces de fracture socio-ethnique représentés par les notions de « ségrégation », « ghetto », « apartheid ».
Dans ses conclusions (Pour conclure – La réplication : une mémoire hégémonique de re-présentation, pp. 161-169), HAILON remarque que, au-delà de l’événementialité, une réitération de pensées et paroles politiques a lieu dans le cadre d’une réplication, à savoir des contextes socio-normés de compréhension qui bornent, aident et produisent le sens des événements. Ce phénomène concerne la réitération de la scène politique sous forme de radicalité identificatrice et de présence, dans le discours politique, d’un « ailleurs-autre » et de la répétition, ce qui rend le discours fictif et délimite les contours des sociétés. Il s’ensuit que l’approche cognitivo-culturelle et transdisciplinaire adoptée par l’auteur, fondée sur la sociologie politique et médiatique ainsi que sur l’analyse du discours française, dresse un état de la question des travaux politiques et cognitifs du discours et éprouve les théories de la cognition politique. Par la richesse de ses thèmes, cet ouvrage s’adapte ainsi à des publics divers, composés tant de spécialistes d’études discursives que de politistes et sociologues des médias.

[Alida M. SILLETTI]

Per citare questo articolo:

Fred HAILON, Étude(s) de cognition politique. Discours, pensée, société, Carnets de lecture n.35, 40, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=525

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