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Henry Tyne, Mireille Bilger, Paul Cappeau, Emmanuelle Guerin (éds)

La variation en question(s). Hommages à Françoise Gadet

Henry TYNE, Mireille BILGER, Paul CAPPEAU, Emmanuelle GUERIN (éds), La variation en question(s). Hommages à Françoise Gadet. Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, Peter Lang, 2017, 307 pp.

Ce volume rend hommage à Françoise Gadet en rassemblant les contributions de ses collègues et amis. Il est divisé en six sections qui recoupent les intérêts de recherche de F. Gadet tout au long de son exceptionnelle carrière. Nous rendrons compte ici des contributions en langue française, sans oublier de citer celles en langue anglaise.
L’Introduction (pp. 9-15) signée par Henry TYNE, Mireille BILGER, Paul CAPPEAU, Emmanuelle GUERIN, et organisée autour de quelques mots-clés qui résument les activités de recherche et d’enseignement de Françoise Gadet – sociolinguistique, variation(s), français ordinaire(s), corpus, enseignement et direction de recherche – ne manque pas de donner la parole à de nombreux collègues et (parfois) anciens thésards, qui évoquent dans leurs souvenirs la figure d’une sociolinguiste « en dialogue […] avec les autres disciplines » (p.11) et d’une directrice de thèse « modèle de rigueur et d’honnêteté intellectuelle » (p.13).

La première section, Aborder la variation, s’ouvre avec l’article When (and Why) Is a Variable Not a Variable (pp. 19- 39) de N. Armstrong et K. Dawson sur la réalisation de schwa pré-pausal dans le Paris corpus.
Ph. Hambye (De la variation en discours. L’apport de la réflexion sur le diaphasique, pp. 41-56) montre d’abord que la sociolinguistique et l’analyse du discours, tout en partageant l’espace commun de l’étude des pratiques discursives et langagières, divergent lorsqu’on considère les faits de variation, qui sont au cœur des préoccupations des sociolinguistes, mais sont quasiment absents des études des analystes du discours ; puis il s’arrête en particulier sur la définition de variation héritée de la tradition variationniste en sociolinguistique, qui ne prend pas en compte la question du sens. Suivant en cela l’approche du diaphasique de Gadet, qui propose de saisir la variation en rapport avec la production du sens en interaction, il remet en question la dichotomie entre les alternances sémantiquement équivalentes et celles qui ne le sont pas.
E. Guerin propose des Eléments pour une approche communicationnelle de la variation (pp. 57-73), fondée sur la relation nécessaire entre deux niveaux d’analyse, ceux du variationnisme et de la sociolinguistique interactionnelle. L’A. cerne d’abord la notion de situation de communication, articulée autour de deux éléments fondamentaux, le contexte et les identités ; puis elle se concentre sur la sélection des normes collectives qui permettent le contact, en particulier la norme posée par la forme standard de la langue, qui est choisie dans des contextes formels où la distance communicationnelle est importante. Des exemples tirés du corpus MPF (Multicultural Paris French) viennent illustrer ses propos.

Deux contributions font partie de la deuxième section, Sociolinguistique historique.
F. Mazière (En passant par la variation, vers la « langue commune » en 1694, pp. 77-91) relate les discussions sur le statut des variations à partir de 1647, date de parution des Remarques sur la langue françoise de Vaugelas, jusqu’à la publication de la première édition du Dictionnaire de l’Académie en 1694. A cette époque l’ « usage pluriel » a été resserré en un « usage commun » (p.78) à travers des outils tels que les grammaires, les remarques et les dictionnaires. L’A. suit le travail des remarqueurs dans les années 1647-1652, puis évalue l’influence de ce travail sur les grammaires parues successivement et sur le Dictionnaire de l’Académie, à travers l’examen des entrées Naviguer et Féliciter.
R. Anthony Lodge (La sociolinguistique historique devant le lexique, pp. 93-107) fait le point sur les études lexicales au sein de la sociolinguistique historique. Cette jeune discipline accorde encore trop peu d’importance au lexique, car ce dernier s’avère plus réfractaire à l’analyse quantitative par rapport à la phonétique et à la grammaire. A travers l’étude de l’histoire sémantique du substantif/adjectif bourgeois du 11e au 20e siècle, l’A. montre le lien étroit subsistant entre l’évolution du vocabulaire et les changements socio-politiques et culturels. Enfin, il expose les mérites de la pensée lexicologique à orientation sociologique inaugurée par Georges Matoré et poursuivie par Jean Dubois.

La troisième section, Contact des langues, accueille la contribution de Mari C. Jones (Norman Forms, French Norms : Diaphasic Variation and Language Contact, pp. 111-134).

La quatrième section, Etudes du français parlé, commence avec l’article de F. Mougeon et R. Mougeon (L’accord verbal en nombre avec les collectifs dans le français parlé en Ontario, pp.137-156), qui porte sur l’accord verbal en nombre avec un sujet exprimé par un nom singulier mais sémantiquement pluriel qui réfère à un groupe humain, comme famille ou équipe. L’étude concerne plusieurs communautés francophones de la province canadienne d’Ontario et vise à déterminer les facteurs qui entrent en jeu dans la réalisation de l’accord morphologique (au singulier) ou sémantique (au pluriel), ce dernier étant attesté dans plusieurs études sur le français populaire hexagonal. Les facteurs linguistiques pris en compte dans l’étude sont le type de sujet, l’effet des quantificateurs, la fréquence du verbe et le type de collectif ; les facteurs extralinguistiques considérés sont la fréquence d’usage du français, le sexe, le niveau de scolarité et l’appartenance socioéconomique des locuteurs.
La section est complétée par les articles de K. Beeching (Reflexivity and Discourse-pragmatic Variation and Change, pp. 157-179) et de A. Coveney at L. Dekhissi (Parallel Innovation in conflictual Rhetorical Questions in the Multicultural Vernaculars of London English and Parisian French, pp. 181-208).

Dans la cinquième section, Oral et écrit, F. Martineau (Entre les lignes : écrits de soldats peu-lettrés de la Grande Guerre, pp. 211-235) propose une étude de sociolinguistique historique sur des textes écrits par quatre soldats canadiens-français de la Première Guerre mondiale, à la recherche d’informations sur l’oral et sur la relation de ces scripteurs à l’écrit. Après une présentation des variétés de français canadien, de nombreux exemples tirés du Corpus de français familier ancien montrent comment l’écrit illustre l’émergence du vernaculaire québécois moderne, puis quelles stratégies ces scripteurs peu lettrés ont adoptées pour résoudre des difficultés graphiques, comme les marques du pluriel et la transcription du son [e].
Dans son article Ecriture numérique spontanée et variabilité : un écrit-oral à exploiter en français langue étrangère (sensibiliser aux styles et à la prononciation) (pp. 237-254), S. Wachs se penche sur l’écrit numérique spontané, sujet à de fortes variations, qui incite à une réflexion renouvelée sur le rapport oral-écrit. Cette écriture est intéressante car elle s’étend à tous les styles et permet de montrer, à travers l’orthographe, des prononciations qui ne se voient normalement pas. Elle constitue donc une ressource tant pour les sociolinguistes que pour les enseignants, qui peuvent l’exploiter dans des situations d’enseignement/apprentissage du Français Langue Etrangère, dans le but de développer des compétences linguistiques, comme l’apprentissage des prononciations spontanées et courantes du français (liaisons automatiques, assimilations automatiques, enchaînements etc.) et d’éveiller ainsi aux styles.

La sixième et dernière section, Acquisition et enseignement, se compose de trois articles.
I. Bartning et F. Forsberg Lundell (La variation sociolinguistique en français langue seconde – de bonnes nouvelles ?, pp. 257-277) s’intéressent à la compétence sociolinguistique des locuteurs « quasi natifs » de français langue seconde, comparés avec des natifs. Le corpus analysé (INTERFRA) comprend les productions orales de locuteurs suédophones auxquels on a soumis deux types de tâches, des interviews orales spontanées et des jeux de rôle dialogiques. La maîtrise de la variation sociolinguistique est évaluée à partir de phénomènes linguistiques tels que la négation avec omission et rétention de ne, l’alternance on/nous, l’opposition tu/vous et l’emploi de lexique non standard.
R. Paternostro (Peut-on enseigner la variation?, pp. 279-290) prône pour la prise en compte de la variation dans l’enseignement. Les termes variation et enseignement, apparemment contradictoires dans la vision traditionnelle d’un enseignement qui tend à transmettre des invariants, sont problématisés dans la première partie de l’article. Puis, deux expériences sociodidactiques originales sont présentées, dans lesquelles la variation est intégrée dans l’enseignement du français : la première est fondée sur la transcription de données orales authentiques ; la deuxième prévoit la prise en compte des différentes facettes de la langue française en Suisse (langue maternelle, langue seconde, langue étrangère) lors de l’enseignement du français aux jeunes Tessinois.
E. Galazzi (Variations phonétiques contemporaines : transparence et opacité dans le marché des langues globalisé. Du côté du FLE, pp. 291-300) se concentre sur quelques phénomènes engendrés par le multilinguisme en milieu urbain et qui montrent la distance entre le paysage sonore actuel, hétérogène et souvent dépaysant, et la langue française telle qu’elle est encore enseignée aux étrangers : la diminution de la réalisation des liaisons, la disparition de certaines formes verbales du passé, l’acquisition de sonorités venant d’autres langues, la présence massive d’emprunts. Concernant ce dernier point, la compréhension écrite de ces unités n’est pas problématique, contrairement à la compréhension et à l’oralisation des emprunts. L’acclimatation sonore des emprunts est au cœur de la réflexion proposée par l’A., qui cible la compréhension et la prononciation des anglicismes par des apprenants de FLE italophones.

La Tabula gratulatoria (pp.301-) et un Index (pp. 303-) ferment le volume.
[Michela Murano]

Per citare questo articolo:

Henry Tyne, Mireille Bilger, Paul Cappeau, Emmanuelle Guerin (éds), La variation en question(s). Hommages à Françoise Gadet, Carnets de lecture n.33, 38, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=497

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