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Cristina PETRAŞ (éd.)

Les expressions métadiscursives dans les langues romanes: aspects syntaxiques, pragmatiques et sociolinguistiques

Cristina PETRAŞ (éd.), Les expressions métadiscursives dans les langues romanes: aspects syntaxiques, pragmatiques et sociolinguistiques, Studii de lingvistică, n° 2, 2019, 320 p.

Intitulé Les expressions métadiscursives dans les langues romanes: aspects syntaxiques, pragmatiques et sociolinguistiques, le numéro 2/2019 de la revue Studii de lingvistică est onsacré à l’étude des différents aspects portant sur l’émergence, l’emploi et l’analyse des mécanismes de grammaticalisation, pragmaticalisation et lexicalisation des expressions métadiscursives dans les langues romanes. Les langues romanes analysées sont: la langue française (Elżbieta Biardzka et Greta Komur-Thilloy, Céline Corteel, Christine da Silva Genest, Gomila, Yujing Ji et Agnès Tutin, Cristina Petraş, Hélène Vassiliadou), la langue portugaise (Isabel Margarida Duarte et Maria Aldina Marques), la langue italienne (Elizaveta Khachaturyan) et trois études contrastives portant sur le couple de deux langues romanes: français-roumain (Cecilia-Mihaela Popescu et Alice Ionescu, Luminiţa Steriu et Monica Vlad) et français-italien (Chiara Preite et Alida Maria Silletti).
Dans l’Introduction, avant de passer à la présentation des douze contributions rassemblées dans ce volume, Cristina Petraş nous propose une approche syntaxique, pragmatique et sociolinguistique des expressions métadiscursives dans la littérature de spécialité portant sur la typologie des expressions métadiscursives, leur degré de figement de même que la relation qu’elles établissent avec le type de discours ou de corpus où celles-ci se manifestent.

La première partie intitulée Des marqueurs métadiscursifs…. comporte des points de suspension pour rejoindre la deuxième partie intitulée ….aux pratiques métadiscursives contextualisées. Les deux parties se font remarquer par la richesse terminologique utilisée pour designer les expressions faisant l’objet de l’analyse (marqueurs (méta)discursifs, marqueurs métalinguistiques, expressions métadiscursives, routines métalinguistiques, interventions métalangagières, expressions, tours), par la variété des bases de données (Frantext, Glossanet, CoCOOn, OrtoLANG, OFROM, CoRoLa), de même que par la diversité des corpus utilisés à cette finalité (extraits de presse, extraits oraux, extraits de mémoires de master, articles de sciences humaines, contes acadiens de tradition orale).

Se proposant d’examiner la locution en un mot dans un corpus constitué à partir de la base de données Frantext, l’article de Corinne GOMILA («En un mot: quel type d’expression métadiscursive?», pp. 21-39) fait une analyse en deux temps: (1) pointer en diachronie ses occurrences et (2) analyser ses configurations en discours, afin d’envisager sa dimension approximative. La conclusion qui se dégage de cette observation est que le pourcentage des occurrences de la locution en un mot est trois fois plus important en français classique qu’en français moderne, surreprésentation expliquée par «les contraintes textuelles ou stylistiques propres aux écrits des XVIIe et XVIIIe siècles», phénomène mis en relation avec l’émergence de deux autres expressions: en somme et bref.
L’article d’Hélène VASSILIADOU («En d’autres termes: dialogisme et altérité», pp. 41-58) continue avec l’analyse de l’expression en d’autres termes dans une approche qualitative sur un corpus constitué d’extraits de presse via Glossanet (2003-2004) et d’exemples oraux de la base COllections de COrpus Oraux Numériques (CoCOOn). L’auteure met en exergue le fait que la reformulation fonctionne sur la production-interprétation d’une identité ou d’une altérité de sens à partir des principes que l’expression en d’autres termes opère sur «le mode de la représentation d’une nomination effectuée ailleurs» (Authier-Revuz 1995 : 123) et qu’elle opère une déconnexion entre X et Y en rapportant le premier « à une autre ‘voix’ que celle qui supporte l’énoncé en cours » (Milner 1978: 301).
Restant dans le domaine de la presse écrite, Elżbieta BIARDZKA et Greta KOMUS-THILLOY («Les tours du type selon A, les « îlots textuels » et la portée de la prise en charge imputée», pp. 41-58) prennent comme objet d’étude les tours en selon A introduisant des séquences contenant des expressions entre guillemets appelées «îlots textuels» et soulignent leurs emplois exophrastiques et extraprédicatifs de nature évidentielle, opérant soit une modalisation sur le contenu ou la modalisation autonymique ou un cumul des deux types de modalisation qui effacent finalement la prise en charge de ces segments, favorisant ce que les auteures appellent «la circulation des dires manipulatoires».
Partant des deux valeurs de autrement - «intraprédicative» ou «extraprédicative», Céline CORTEEL consacre son article («De l’adverbe de manière au marqueur discursif: le cas de autrement», pp. 59-75) à l’étude de son deuxième emploi, en tant que phénomène pragmatico-discursif de changement de topique. L’auteure conçoit son article en deux étapes: l’analyse de l’emploi de autrement en tant que marqueur discursif reposant sur sa valeur de base et l’examen du lien entre les différentes valeurs sémantico-référentielles de autrement et celles de l’adjectif autre, auquel il est morphologiquement apparenté. La thèse défendue dans cet article est que la valeur anaphorique de l’adjectif est cruciale pour expliquer la polyvalence de autrement en tant que marqueur discursif d’«une rupture thématique signalée, voire revendiquée par le locuteur, ouvrant la voie à des stratégies illocutoires variées» (p. 73).
Dans une approche contrastive français-roumain, Cecilia-Mihaela POPESCU et Alice IONESCU («Étude comparative des marqueurs métadiscursifs gen du roumain et genre du français. Distribution et valeurs pragmatiques», pp. 93-112) se fixent comme premier objectif l’étude des valeurs spécifiques des marqueurs discursifs gen et genre dans les interactions orales spontanées en français et en roumain afin de dégager les éléments communs et divergents dans les deux langues. Le corpus de recherche repose sur des exemples en français et en roumain (ORTOLANG, OFROM et CoRoLa), mais aussi sur des exemples bilingues fournis par les dictionnaires de traduction en ligne ReversoContext et Linguee. Mettant en évidence leur statut de marqueurs métadiscursifs et pragmatiques ayant des significations procédurales et instructionnelles, les deux auteures soulignent pourtant que «dans certains contextes, et pour certaines catégories socioculturelles, ces items se vident de signification et représentent de simples tics verbaux», suggérant à la fois la piste d’une future recherche portant sur la comparaison des valeurs et des fonctions pragmatiques de like en anglais américain avec celles de ses correspondants français genre et roumain gen.
La première partie finit avec deux articles portant sur l’analyse du verbe dire en portugais et en italien. Se proposant d’analyser dans une perspective synchronique les sens et les fonctions pragmatico-discursives des expressions comprenant les formes digo et digamos du verbe dizer en portugais afin de d’établir une relation entre la place occupée par le verbe dans l’énoncé et ses fonctions discursives dans un corpus formé des données écrites et orales extraites de plusieurs corpus, Isabel Margarida DUARTE et Maria Aldina MARQUES(«Expressions métadiscursives comprenant le verbe portugais dizer», pp. 113-130) montre leur hétérogénéité et leur polyfonctionnalité: d’une part, la reformulation, l’atténuation, l’approximation, la valeur de ponctuant du discours pour les constructions avec digamos, et, d’autre part, la modalisation d’une assertion et le fonctionnement autodialogique pour les constructions avec digo. Elizaveta KHACHATURYAN («À la recherche des mots adéquats : le rôle de l’expression devo dire à l’oral», pp. 131-149) consacre son article à l’expression devo dire qui, ayant sa propre sémantique, se voit dans l’impossibilité d’être supprimée dans plusieurs contextes d’emploi. Puisque sa fréquence varie d’une langue à l’autre, l’auteure propose une approche comparative du point vue de l’équivalence (ou de la non-équivalence) afin de dégager les stratégies métadiscursives universelles utilisées dans toutes les langues ou dans la perspective des stratégies communicatives, vu que, dans chaque langue, il y a des stratégies étroitement liées à un type de discours comme dans le cas des interviews qui en font usage pour la création d’une relation de complicité entre les interlocuteurs.

La deuxième partie (… aux pratiques métadiscursives contextualisées) réunit cinq articles portant sur l’analyse des interventions métalangagières dans les interventions orthophoniques (Christine da Silva-Genest), dans les écrits scientifiques en français (Yujing Ji et Agnès Tutin), dans les contes acadiens de tradition orale (Cristina Petraş) dans les mémoires de master (Luminiţa Steriu et Monica Vlad) ou bien des anglicismes dans les dictionnaires internet français et italiens (Chiara Preite et Alida Maria Silletti)

Ayant comme principal objectif la mise en évidence des interventions métalangagières produites par des orthophonistes en interaction avec des enfants présentant des troubles du développement du langage, Christine da SILVA-GENEST («Il faut dire, on dit, ça veut dire…: étude des formes et fonctions des interventions métalangagières en situation d’intervention orthophonique», pp. 153-176) constate que les interventions métalangagières sont très hétérogènes (reposant sur des stratégies discursives: simplifier la tâche, remettre en cause, proposer un modèle, montrer explicitement comment faire, faire à la place de) et que, lorsque les patient·e·s doivent réaliser une tâche linguistique, plus de la moitié des interventions des orthophonistes se situent à un niveau métalinguistique, le langage étant à la fois objet de remédiation et instrument de médiation. Vu la richesse des marques discursives (constructions verbales impersonnelles avec le verbe dire - comme ça veut dire, il faut dire/que tu dises…, constructions où le verbe dire s’associe au pronom indéfini en position sujet on - on dit, on ne dit pas), l’auteure met en exergue le fait que: «la situation d’intervention orthophonique est un lieu favorable à la production d’actes métalangagiers qui ont un effet sur le discours de l’enfant et lui donne l’opportunité de réfléchir sur les fonctionnements linguistiques et les usages langagiers» (p. 174).
À partir d’un corpus d’articles de sciences humaines développé dans le cadre du projet TermITH3 (Hatier 2016, Jacques & Tutin 2018), Yujing JI et Agnès TUTIN («Les routines métalinguistiques dans les écrits scientifiques en français», pp. 177-200) relèvent un nombre remarquable de stratégies de guidage du lecteur (marqueurs de topicalisation, marqueurs de structuration textuelle, marqueurs métalinguistiques ou méta-énonciatifs). Prenant comme point de départ les marqueurs métalinguistiques, les auteures s’intéressent aux routines métalinguistiques, définies comme «des phrases préfabriquées qui remplissent des fonctions discursives spécifiques, à savoir les fonctions rhétoriques et argumentatives: fonctions de reformulation, de réparation, de définition, de dénomination, de désignation et d’emprunt terminologique. Du point de vue statistique, même si les routines de reformulation et de précision terminologique (définition, dénomination, désignation) enregistrent un grand nombre d’occurrences, ce sont les routines d’emprunt terminologique qui prédominent. L’article dresse également deux pistes de travail pour des recherches futures: la modalité d’intégration des fonctions métalinguistiques dans l’argumentation ou l’élaboration des pistes didactiques pour l’enseignement de la rédaction scientifique, auprès des apprentis chercheurs natifs ou non natifs.
Dans une approche empirico-inductive et de «corpus driven» pour la classification des expressions en provenance de structures phrastiques [pronom sujet (+semiauxiliaire) +dire] dans les transcriptions des contes de tradition orale acadiens réunies au Centre d’Études Acadiennes Anselme-Chiasson de l’Université de Moncton, l’article de Cristina PETRAŞ («Les expressions métadiscursives dans les contes acadiens de tradition orale», pp. 201-224) se propose d’inscrire ces marqueurs dans le débat de l’émergence des marqueurs discursifs par les mécanismes de grammaticalisation/pragmaticalisation et de répondre à la question concernant l’existence d’une corrélation entre l’emploi prépondérant/ l’absence d’un marqueur et le type de texte. À ce sujet, l’article met en évidence les conditions d’émergence de ce marqueur qui est apparu à la même époque en français de France et dans les variétés de français du Canada. Cette problématique reste ouverte car l’auteure pose une série de questions pour d’autres recherches futures: «Qu’en est-il du marqueur je va(i)s dire ? Résulte-t-il vraiment du marqueur on va dire, comme le suggère Steuckardt (2014) ? Si c’était le cas, sa présence réduite dans notre corpus, par rapport à on va dire, correspondrait-elle plutôt à un usage ? Les expressions métadiscursives dans les contes acadiens de tradition orale encore émergent ? Pourrait-on prévoir un renversement des tendances, qui verrait je vais dire l’emporter sur on va dire ?» (p. 223).
À partir d’un corpus de dictionnaires internet français et italiens, Chiara Preite et Alida Maria Silletti («Analyse métadiscursive des dictionnaires internet français et italiens : le cas des anglicismes concernant la crise économico-financière», pp. 225-245) identifient des anglicismes liés à la crise économico-financière dans les deux langues-cultures et proposent une typologie dans la perspective de leur traitement méta-discursif. Les termes identifiés ont été groupés en deux classes: les emprunts directs (xénismes et emprunts hybrides) et emprunts indirects (calque morphologique et sémantique). L’analyse lexicographique met en évidence toute une gamme de caractéristiques: la combinaison de plusieurs formes d’hétérogénéité énonciative, la présence de l’anglicisme dans la définition du terme français ou italien, le renforcement de la valeur explicative et vulgarisatrice de la définition si l’anglicisme joue le rôle d’entrée, l’emploi des guillemets à visée didactico-pédagogique et/ou vulgarisatrice. La conclusion des auteures est que «les dictionnaires italiens analysés montrent des «degrés de numérisation» différents, allant du «numérique 1» au «numérique 2», sans arriver au «numérique 3» et sans exploiter donc toutes les potentialités offertes par la toile» (p. 244).
Par l’étude des marqueurs de reformulation dans deux corpus complémentaires (extraits de mémoires de master), Luminiţa STERIU et Monica VLAD («De quelques marqueurs de reformulation dans l’écriture des mémoires de master en roumain langue maternelle et en français langue étrangère», pp. 247-267) dégagent leurs fonctions discursive dans une approche comparative français–roumain. Poursuivie sur deux plans, quantitatif et qualitatif, l’analyse de la distribution des marqueurs de reformulation fait ressortir des ressemblances du point de vue qualitatif par la préférence pour les opérations de reformulation paraphrastique (fr. c’est-à-dire, donc, ainsi, par exemple, en d’autres termes vs roum. adică ‘c’est-à-dire’, deci / aşadar / prin urmare ‘donc’, astfel (că) ‘ainsi’, de exemplu ‘par exemple’, altfel spus ‘en d’autres termes’) par rapport aux marqueurs de reformulation non paraphrastique ( fr. en fait vs roum. de fapt / în fond). Au contraire, l’approche quantitative fait la différence entre les deux langues par un emploi beaucoup plus élevé de marqueurs de reformulation par les locuteurs roumains en langue maternelle qu’en langue étrangère. L’article laisse aussi deux portes ouvertes: le prolongement de la recherche par l’analyse des stratégies discursives liées à la reformulation et une autre approche comparative par la mise en parallèle des mémoires de master rédigés en français par des scripteurs français natifs et non-natifs.

À la fin de cette lecture, il résulte évident que la plupart des contributions fait état de l’intention des auteur.e.s de prolonger leurs études par d’autres pistes de travail, ce qui témoigne de la richesse et du caractère inépuisable de ce domaine de recherche situé au carrefour de différentes analyses du discours (littéraire, de presse, scientifique, lexicographique, etc.), dans une perspective synchronique ou diachronique et par une approche unilingue ou plurilingue.

[Daniela DINCĂ]

Per citare questo articolo:

Cristina PETRAŞ (éd.), Les expressions métadiscursives dans les langues romanes: aspects syntaxiques, pragmatiques et sociolinguistiques, Carnets de lecture n.40, 45, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=604

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