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Antonella AMATUZZI (éd.)

Les relations culturelles franco-italiennes : regards conflictuels

Antonella Amatuzzi (éd.), Les relations culturelles franco-italiennes : regards conflictuels, SYNERGIES ITALIE, n° 15, 2019, 123 pp.

Ce numéro thématique de la revue Synergies Italie, coordonné par Antonella Amatuzzi, réunit sept articles, dont cinq en lien avec la thématique centrale du numéro et deux dans la section Varia suivie de deux comptes-rendus.
Dans la Présentation (pp. 7-13), AMATUZZI explique que, suite aux quelques épisodes récents de tensions politiques entre la France et l’Italie, remontant à 2018 et à 2019, l’idée lui est venue de s’interroger sur les moments de ruptures parfois présents dans la longue histoire d’échanges culturels entre ces deux pays voisins. Le focus est ainsi posé sur les moments de contraste provoqués par les guerres ou les crises diplomatiques, qui ont caractérisé les rapports entre la France et l’Italie mais dont les conséquences, malgré tout, se sont parfois révélées fructueuses. En effet, les deux pays s’influencent réciproquement, ce qui entraîne souvent la révision de modèles culturels et politiques préétablis, que ce soit par imitation desdits modèles ou par leur négation, comme Amatuzzi le montre à travers un bref aperçu sur leur histoire commune. Elle évoque, en particulier, la période de la Renaissance, la fin du XVIe siècle et les Guerres d’Italie, la période napoléonienne et la Seconde Guerre mondiale.

Suit la première section qui est consacrée à la production littéraire et artistique.
Dans sa contribution, « Franciosi », peuple de barbares : le regard des lettrés et des ambassadeurs italiens sur la nation française à travers le prisme des Guerres d’Italie (pp. 17-27), Valeria CALDARELLA ALLAIRE propose une analyse intéressante du sentiment anti-français strictement lié à la période des Guerres d’Italie. À travers un vaste corpus littéraire et diplomatique, l’auteure trace l’histoire de ce sentiment tel que les lettrés et les diplomates italiens l’ont exprimé dans leurs ouvrages. Elle explique justement que cette vision est liée, d’un côté, aux comportements des souverains et, de l’autre, à la « fureur » de l’armée française. Cependant, en dépit du manque d’unité nationale, les intellectuels italiens, pointe encore Caldarella Allaire, en appelleront à l’intervention de la France impériale contre les pays ennemis. Admiration et accusation s’alternent de plus en plus dans leurs écrits, car, sous l’influence, entre autres, de la politique de François 1er, ils prennent conscience de la nécessité d’une vision plus internationale. Sur le plan littéraire, ce changement de perspective produit la réécriture de plusieurs ouvrages dont le Livre du Courtisan de Baldassare Castiglione, est l'un des exemples les plus significatifs. En outre, d’autres anecdotes sont relatés par Caldarella Allaire, liées à la cour de Francois 1er, « nouvel arbitre de la politique européenne » (p. 20) et à Caterina de Medici, reine étrangère souvent contestée. Elle s’intéresse aussi aux témoignages de Benvenuto Cellini, de Leonardo Santoro, ainsi qu’à la production populaire qui permettent de reconstruire la complexité du sentiment d’adversité envers les Français en le reconduisant au contexte historique qui en est la cause principale et à la dimension sociale qui en détermine la lecture. Le point de vue inverse, à savoir l’attitude anti-italienne des Français, alternée à ces manifestations d’estime, est rappelée dans la conclusion de cette étude.
Giulia D’ANDREA consacre sa contribution à l’analyse de la culture musicale française et italienne, qui constitue sans aucun doute l’un des domaines privilégié d’influences réciproques. Comme le titre de son intervention le suggère (Accords et désaccords. L’Italie dans le discours français sur la musique au XVIIIe siècle, pp. 29-41), l’attention est portée en particulier à la description des différentes manières dont les Français conçoivent la musique italienne. Pour ce faire, l'auteure se sert d’un corpus lexicographique constitué d’une quinzaine de dictionnaires spécialisés parus au cours du XVIIIe siècle, période fleurissante pour la lexicographie française. Afin d’exemplifier les différences dans la conception de certains domaines de l’art musical, D’Andrea relate les ouvrages de Michel Colette qui analyse, entre autres, les différences dans les pratiques d’exécution et dans la distribution de différentes mesures entre France et Italie. Ensuite, par le biais des écrits de Campion, Masson, Bérard et le même Couperin, D’Andrea montre dans quelle mesure le regard des compositeurs français envers leurs collègues italiens est dichotomique : le sentiment d’admiration s’alterne à la critique des pratiques d’écriture ou d’interprétation. L’auteure conclut son étude par une réflexion sur les influences réciproques qui se manifestent dans l’emploi de la langue, en particulier de l’italien, dans les didascalies musicales et, plus largement, dans la description de l’exécution musicale.

La section Regards conflictuels dans l’histoire s’ouvre par une contribution de Cecilia RUSSO intitulée Les rapports conflictuels entre la France et les États de Savoie à travers la correspondance de Benoît Cise de Grésy : la prise de Casal (pp. 45-54). L’auteure propose un aperçu historique sur la situation de tension qui eut lieu entre la France et le Duché de Savoie vers la moitié du XVIIe siècle suite à la perte de la ville de Casal, que la France a subi au profit des Espagnols. Cet épisode conflictuel est analysé à partir d’un corpus de lettres de Benoît Cise de Grésy, diplomate savoyard envoyé à Paris de 1652 à 1653. Un approfondissement à part concerne la figure de Christine de France, duchesse de Savoie, qui a beaucoup contribué par sa politique artistique et culturelle d’inspiration française à garder la stabilité entre la France et le Duché de Savoie malgré les oppositions survenues. Comme Russo le souligne à plusieurs reprises, Christine de France a représenté un lien avec la France et n’a jamais cédé au contrôle de l’Espagne gardant une certaine autonomie. La lecture des extraits de la correspondance du diplomate français permet de clarifier davantage les stratégies politiques de l’époque. Ainsi, pour la France, explique Russo, l’alliance avec la Savoie servait, entre autres, pour maintenir les équilibres avec les autres puissances européennes.
Avec l’article de Paola PALMA, « Faux amis? » Les travers de la coproduction cinématographique franco-italienne dans les années 1950-1960 (pp. 55-66), nous nous plongeons dans les relations culturelles entre France et Italie dans le domaine du cinéma. Bien que la coopération franco-italienne dans le domaine du cinéma ait constitué un modèle dans l’après-guerre pour les autres pays européens, elle n’a cependant pas été exempte, comme le démontre Palma, de cas de spéculations financières et de pratiques parfois peu transparentes. Ces pratiques concernaient surtout certaines sociétés italiennes, qui produisaient les films aussi bien en France qu’en Italie et profitaient ainsi des financements reçus, ce qui expliquerait, selon l’auteure, le silence de la presse italienne. De l’analyse de la presse corporative ressort que les Français non seulement accusaient leurs collègues italiens de profiter des accords bilatéraux mais revendiquaient un principe « de la codistribution parallèle à la coproduction » (p. 63). En outre, les différences techniques propres aux deux productions contribuaient à accentuer l’écart : les productions italiennes pratiquaient régulièrement le doublage, car les acteurs impliqués étaient à moitié italiens, alors que la post-synchronisation n’appartenait pas à la production française ni semblait trouver la faveur du public.
Le point de départ de la réflexion de Jean-Pierre DARNIS, L’influence de la dimension culturelle sur la crise des relations diplomatiques entre la France et l’Italie le 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci (pp. 67-75), est constitué par les déclarations polémiques autour de l’échange des œuvres d’art entre les musées français et italiens qui se sont poursuivies avant et après le 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci en 2019. Sur un terrain d’équilibre diplomatique plutôt fragile dont l’escalade est rappelée par l’auteur dans l’introduction, l’analyse porte sur le choix de la part des politiciens italiens de bloquer la coopération culturelle avec la France suite au prêt au Louve du tableau Léda et le Cygne de la part de la Galerie Borghèse. Darnis souligne la « politisation exceptionnelle de ce dossier culturel » (p. 70) qui se manifeste par la défense du patrimoine italien à travers des revendications nationales voire nationalistes en particulier de la part des représentants de droite. À la base de ces différences, il y a, entre autres, des différences entre le système de promotion artistique français, davantage unifié et centré sur Paris, et le système italien, dans lequel les musées sont distribués sur tout le territoire, en tant qu’héritage du Risorgimento. Dans la conclusion, Darnis rappelle la nature exceptionnelle du génie de Léonard de Vinci, souhaitant son inscription définitive dans le patrimoine européen et non plus national.

Le premier article de la section Varia rédigé par Daniela GAY et Vito DE FEO est consacré à la Communication politique et esprit critique : une analyse statistique (pp. 79-90). Patrizia Kottelat traduit l’article de l’italien vers le français. Les auteurs analysent l’impact de la communication via Web sur l’activité politique et sur les choix des électeurs italiens. Pour ce faire, ils ont interviewé 560 citoyens italiens auxquels ils ont soumis des tests articulés autour de 15 questions. Mises à part les données générales concernant le genre, l’âge, le niveau d’études et le métier, qui sont déterminantes pour une analyse statistique correcte, les personnes interviewées devaient indiquer le média qu’elles utilisent pour l’information politique, exprimer le degré de confiance envers les médias italiens et répondre à une série d’affirmations dont certaines vraies et d’autres fausses. Les auteurs peuvent ainsi constater que, malgré l’évidente propension des jeunes à l’utilisation du Web pour se renseigner sur les questions politiques, ce qui amène souvent à un rapide changement d’opinion, la relation entre le choix du média et l’orientation populiste n’a pas été relevée. En revanche, les moins âgés qui utilisent encore les médias traditionnels et qui changent moins rapidement leur opinion politique, apparaissent davantage enclins aux idées populistes. L’étude révèle enfin une contradiction concernant les Italiens, dont la majorité n’a pas su discerner les vraies nouvelles des fausses, qui croient qu’il faut se méfier des informations repérables en lignes mais, en même temps, continuent de penser que le Web contribue à nous rendre responsables et bien informés.
Fabrizio Angelo PENNACCHIETTI clôt le numéro de la revue par sa contribution : Autour du système prépositionnel français. S’inspirant du modèle créé par Viggo Brøndal en 1940 (pp. 91-99), l’auteur propose un graphique pour représenter le « système prépositionnel » de la langue française se basant sur la conviction que chaque emploi particulier des prépositions est donné par le jeu d’oppositions au sein du système qui s’est consolidé dans chaque langue. Pennacchietti insiste sur le fait que l’idée de pouvoir représenter graphiquement la variété d’emploi d’une quelconque préposition pourrait amener à confronter les langues entre elles. Il propose une classification des prépositions en français suivant deux paires d’opposition « plus ou moins applicative » et « plus ou moins dimensionnelle ». En outre, il reprend les concepts de « figure » (substantif ou autre partie du discours pouvant être précédée d’une préposition) et de « fond » (toute partie du discours susceptible de supporter un syntagme prépositionnel) de la linguistique cognitive qui sont représentés dans le graphique par deux cercles concentriques (« la figure » à l’intérieur du « fond »). Les prépositions qui expriment la relation entre « fond » et « figure » sont signalées par des flèches. Elles suivent une direction donnée en fonction de leur « application » et de leur « dimension » et sont accompagnées du signe +/-.

[JANA ALTMANOVA]

Per citare questo articolo:

Antonella AMATUZZI (éd.), Les relations culturelles franco-italiennes : regards conflictuels, Carnets de lecture n.40, 45, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=606

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