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Jana ALTMANOVA, Silvia Domenica ZOLLO

La néologie à l’ère de l’informatique et de la révolution numérique

Jana ALTMANOVA, Silvia Domenica ZOLLO (éd.), La néologie à l’ère de l’informatique et de la révolution numérique, Neologica, 13, Paris Classiques Garnier, 2019, pp. 246.

Ce numéro thématique de Neologica, sous la direction de Jana Altmanova et Silvia Domenica Zollo, est consacré à la relation qui existe entre néologie et informatique.
Une partie des textes de ce numéro ont fait l’objet de communications lors de la journée d’étude « Exploitation de corpus : l’informatique au service de nouveaux phénomenes langagiers », qui s’est tenue le 23 mai 2017 à l’Université « Parthenope » (École doctorale ESTL ‘Eurolinguaggi Scientifici, Tecnologici e Letterari’).
Ce numéro s’ouvre par un Hommage à Bernard Quemada (pp. 11-15) rédigé par John HUMBLEY, et se compose de trois parties. La première (La néologie à l’ère de l’informatique et de la révolution numérique) contient la présentation rédigée par les deux directrices du numéro (pp. 19-22), ainsi que neuf contributions qui, dans leur ensemble, sont axées sur la mise en relation entre numérique et néologie.
Emmanuel CARTIER (Néoveille, plateforme de repérage et de suivi des néologismes en corpus dynamique) (pp. 23-54) présente une plateforme de repérage automatique, d’analyse et de suivi des néologismes à partir de corpus contemporains dynamiques de très grande taille en onze langues (français, grec, polonais, tchèque, portugais du Brésil, chinois, russe, allemand, espagnol, italien et néerlandais). Cette plateforme, issue d’un projet collaboratif d’envergure internationale, permet d’étudier les nouveaux emplois lexicaux (parmi lesquels les emprunts et les anglicismes) dans le but d’analyser les processus d’innovation sémantique dans différentes langues. Dans le cadre de son article Jean-François SABLAYROLLES (Traitement et suivi de la diffusion de néologismes repérés par des extracteurs) (pp. 55-69), qui collabore au développement de la plateforme Néoveille, aborde le sujet de l’extraction automatique des néologismes par corpus d’exclusion. L’auteur présente une réflexion sur les limites de la veille néologique automatisée sur grands corpus en ce qui concerne par exemple les cas d’homonymie et l’analyse des hapax. Il insiste notamment sur l’actualisation permanente du corpus d’exclusion : il s’agit d’une opération indispensable qui nécessite, d’après l’auteur, de compétences linguistiques solides en matière de lexicologie et de néologie.
Maria Teresa ZANOLA (Néologie de luxe et terminologie de nécessité. Les anglicismes néologiques de la mode et la communication numérique) (pp. 71-83) s’intéresse à l’analyse de l’emploi de quelques emprunts néologiques à l’anglais dans la communication numérique relative au secteur de la mode. D’après l’auteure, les méthodes de repérage automatique des néologismes permettent d’étudier la dimension culturelle des emplois néologiques dans ce domaine. Par le biais d’exemples, l’auteure vise à montrer que le lexique de la mode du début du XXIe siècle évolue notamment en fonction des nécessités liées à la commercialisation des produits, ce qui implique, sur un plan linguistique, la contextualisation des emplois néologiques dans les différentes productions textuelles numériques (descriptives ou promotionnelles) du domaine de la mode.
L’importance de la contextualisation des emplois néologiques est soulignée également dans la contribution de Jana ALTMANOVA (Exploitation des outils informatiques pour la veille et le suivi des appellations commerciales) (pp. 85-106) qui propose une réflexion sur la détection semi-automatique des appellations commerciales à partir de quelques indices de « lexicalisation » : perte de la majuscule, présence du déterminant, accord en nombre, multiplication de contextes d’usage, création de dérivés, phénomène d’antonomase et d’extension sémantique. Sa réflexion s’inscrit dans le projet de recherche pluridisciplinaire Leximarq qui a pour objectif la création d’une base de données plurilingue destinée au repérage et au suivi de noms propres commerciaux à partir de plusieurs ressources textuelles numériques et de corpus diachroniques préexistants. Ce type de recherche implique, selon l’auteure, une visée sémantico-pragmatique permettant de prendre en compte le contexte discursif qui abrite les appellations commerciales concernées.
L’article d’Annette KLOSA-KÜCKELHAUS (From chatten through podcasten to youtuben. Social media neologisms from the 1990s to the 2010s in German) (pp. 107-123) est consacré aux néologismes allemands repérés dans les réseaux sociaux pendant les années 1990 à 2010. Les nouveaux médias sont ici présentés en tant que sources de création néologique. L’auteure analyse trois catégories de néologismes : les verbes et les substantifs en rapport avec les activités dans les réseaux sociaux, ainsi que les substantifs qui se réfèrent aux utilisateurs des réseaux sociaux. L’objectif de cette contribution est de montrer comment ces néologismes interagissent avec le lexique de la langue allemande, en contribuant à l'introduction de nouvelles unités lexicales ou de nouvelles acceptions.
Silvia Domenica ZOLLO (Formes et fonctions de quelques néologismes « émergents » dans un forum de discussion et leur circulation au sein de l’espace médiatico-numérique) (pp. 125-142) étudie les procédés de création néologique, le fonctionnement discursif et la circulation sur le web des néologismes observés dans un forum de discussion sur des sujets de nature politique et sociale. L’intérêt de cette contribution réside dans la conception du forum en tant qu’ « espace de médiatisation numérique » dans lequel trois différentes catégories de participants (p.127) contribuent de concert à la création et à l’emploi des néologismes. À travers la présentation d’études de cas, l’auteure décrit les différents procédés de création lexicale observés, et ce dans le but de mettre en avant les facteurs néologènes (en rapport avec la dimension créative et ludique de la langue) qui caractérisent l’espace discursif du forum. Michela MURANO (La néologie dans les dictionnaires collaboratifs) (pp. 143-162) propose une analyse méta-lexicographique sur un autre espace numérique, celui des dictionnaires collaboratifs : des véritables communautés de pratiques lexicographiques. L’intérêt des dictionnaires collaboratifs réside dans le fait qu’ils témoignent d’une langue actuelle et vivante n’étant pas répertoriée dans les dictionnaires traditionnels. L’auteure explique que les spécificités communicationnelles et situationnelles des dictionnaires collaboratifs favorisent l’émergence de néologismes dont la fonction principale serait d’intégrer le contributeur dans la communauté d’utilisateurs, tout en exerçant un impact potentiellement significatif sur les nouveaux usages.
Sur la base d’un corpus représentatif de la presse professionnelle américaine du marketing des années 2006 à 2018, Caroline BENEDETTO (L’anglais du marketing et ses innovations lexicales. Une étude de la presse professionnelle américaine) (pp.163-180) s’intéresse à la question de l’innovation lexicale dans un domaine de spécialité. Selon une approche en diachronie courte, l’auteure se concentre sur deux typologies de néologismes : les néologismes formels et les néologismes sémantiques. L’objectif de cet article est de montrer que l’innovation lexicale rend possible une meilleure compréhension du domaine de spécialité ainsi que de ses évolutions, techniques et professionnelles, au fil du temps. La néologie sémantique et combinatoire du verbe partager est au cœur de la contribution de Rosa CETRO (Le verbe partager avant et après l’avènement des réseaux sociaux) (pp. 181-198). L’auteure vise à décrire selon une perspective contrastive l’évolution de l’usage du verbe partager avant et après l’avènement des réseaux sociaux, situé dans l’année 2009. L’intérêt de cette démarche concerne le lien établi entre combinatoire syntaxique et emploi sémantique. C’est notamment grâce à l’intégration de ces deux traits langagiers que l’on peut observer un exemple concret de néologie sémantique déterminée par le numérique.
La deuxième partie de ce numéro de Neologica est consacrée aux actualités en matière de néologie (pp. 201-218). On fait référence plus précisément à quatre thèses récentes, deux habilitations, cinq colloques ou journées d’étude annoncés dans Neologica 12 (pp. 239-241) et à deux revues, qui sont suivies par une bibliographie actualisée en 2019 en matière de néologie. Pour conclure, la troisième partie du numéro (pp. 219-239) présente quatre comptes rendus d’ouvrages en rapport avec la thématique au centre du volume.

[ILARIA CENNAMO]

Per citare questo articolo:

Jana ALTMANOVA, Silvia Domenica ZOLLO , La néologie à l’ère de l’informatique et de la révolution numérique, Carnets de lecture n.40, 45, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=609

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