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Giovanni BORGOGNONE, Giuseppe SCIARA (éds)

Europe’s Anxieties and Worries

Giovanni BORGOGNONE, Giuseppe SCIARA (éds), Europe’s Anxieties and Worries, De Europa, 1(1), 2018. http://www.ojs.unito.it/index.php/deeuropa/issue/view/287

La revue De Europa naît du besoin de faire face à la résurgence du nationalisme et de l'euroscepticisme. Elle entend penser la recherche scientifique sur l'Europe en tant que questionnement multiple sous-tendant l’intégration européenne : l'Europe unie est-elle seulement un besoin économique spécifique découlant de l'élargissement du marché, ou est-elle également soutenue par une identité collective et le partage de valeurs communes ?
Le sujet de cette revue est l'Europe, non seulement l'Europe de Bruxelles, mais l'Europe dans ses diverses manifestations dans le temps et l'espace. Le fil conducteur de la revue est de souligner les caractéristiques communes de l'Europe, qui sont au cœur du processus d'unification, afin de mettre en évidence, de manière critique et stimulante, la présence d'une identité européenne et de valeurs et racines communes, d'en faire prendre conscience aux peuples du vieux continent, de souligner la nécessité de l'unification, afin de répondre efficacement aux défis du monde actuel, de contrer la progression de l'euroscepticisme et des nationalismes par la diffusion de la recherche sur l'Europe. À cette fin, cette revue n'est pas monodisciplinaire, mais elle est par nature multidisciplinaire, comprenant des contributions de différentes disciplines afin d'embrasser la complexité et la richesse de l'Europe.

Pour ce qui concerne les contributions en langue française, le premier article à signaler est signé par Joanna Nowicki, « La peur de penser l’Europe » (pp. 29-40). L’idée principale développée dans cette contribution est la suivante : en Europe, actuellement, on observe le retour de certaines peurs anciennes. Au lieu d'en débattre, on impose le silence, faute de confiance envers les autres ou bien en raison du fait que ces discussions paraissent être trop « idéologiques ». Pour illustrer ce point, cet article présente l'analyse d'un important débat, qui a eu lieu en Pologne après la publication du livre de Marcin Krol, L'Europe face à sa fin. L'auteur identifie les raisons de cette soi-disant "fin de l'Europe" (en tant que civilisation d'influence et en tant qu'institution, y compris l'UE) en montrant quatre éléments de perturbation. Tous peuvent être associés à la peur.

« La fin de l’Europe par la foule » signé par Michela Nacci (pp. 51-62) propose une réflexion liée au rôle de la foule à la fin du XIXe siècle. Selon l’auteure, la foule pourrait contribuer à faire régresser la société actuelle des pays développés. D’un point de vue chronologique, les auteurs qui étudient les foules de l'Europe, pensent que la civilisation européenne est arrivée à son terme. L'Europe est menacée par des foules urbaines qui n'alimentent pas une rébellion, une révolte ou d'une guerre civile : elles sont le fruit de l'industrialisation, de l'urbanisation ainsi que du processus de démocratisation politique et sociale. De plus, elles sont étroitement liées au contexte urbain, à la métropole, à la grande industrie et au secteur tertiaire, au temps des loisirs et à la disponibilité de petites sommes d'argent à dépenser au-delà de leurs besoins stricts. Selon le point de vue de l’auteure, la civilisation européenne risque de disparaître si l'individu qui fait partie de la foule en est englouti.

Anna Krykun présente, dans son article « La peur est un fantasme salutaire : la perte de l’hégémonie européenne et la réinvention de l’Europe sous la plume de Paul Morand » (pp. 75-90), un ensemble de romans, d'essais et de recueils de souvenirs publiés par Paul Morand, et par certains de ses contemporains écrivains français. Cette contribution a le but d’apporter un éclairage sur l'un des facteurs importants de l'approfondissement de l'intégration européenne dans la première moitié du siècle dernier. Il s'agit de la crainte que les nations occidentales soient sur le point de perdre le leadership mondial et d'être conquises par leurs colonies orientales, cherchant non seulement à se venger mais aussi à anéantir la civilisation européenne. L'article se concentre sur les peurs les plus répandues, telles que la possibilité d'une invasion et celle d'une soumission démographique, économique ou militaire des Européens aux nations colonisées plus jeunes et plus dynamiques. L'étude se termine par une analyse des projets de fédération européenne que ces écrivains et penseurs de droite ont proposés comme solution à une menace imminente de perte d'hégémonie mondiale.

Le dernier article en langue française est signé par Paola Salerni « Métadiscours et menace sociale : l’Etna chez soi de Villiers de l’Isle-Adam et Soumission de Michel Houellebecq », (pp. 91-106). L’article analyse les auteurs Villiers de l'Isle-Adam et Michel Houellebecq qui, selon Salerni, ont ciblé les tensions latentes de leur société, faisant ressortir des tabous linguistiques. Les lecteurs issus de la bourgeoisie de la Troisième République lurent avec une certaine peur la chronique de Villiers de l’Isle-Adam « L'Etna chez soi » : peu appréciée à l’époque et encore critiquée aujourd'hui, l'histoire visait à déstabiliser la "solidité" de la classe sociale au pouvoir, qui ne reconnaissait pas la valeur des œuvres de Villiers. Dans « Soumission », Houellebecq dessine une sorte d'anti-héros plongé dans le malaise français de la question de l'identité nationale. Les deux œuvres mettent l’accent sur la question de la liberté et de la responsabilité de l'écrivain. Elles interrogent également le rôle des médias dans la vie politique et dans la formation du sentiment de la collectivité.

[SILVIA MODENA]

Per citare questo articolo:

Giovanni BORGOGNONE, Giuseppe SCIARA (éds), Europe’s Anxieties and Worries, Carnets de lecture n.40, 45, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=610

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