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Marinella BELLUATI, Maria Cristina CAIMOTTO, Rachele RAUS (éds.)

Peur et identité dans les discours européens

Marinella BELLUATI, Maria Cristina CAIMOTTO, Rachele RAUS (éds.), Peur et identité dans les discours européens, De Europa, 1(2), 2018. http://www.ojs.unito.it/index.php/deeuropa/issue/view/294

Le présent numéro de la revue De Europa vise à étudier les modalités à travers lesquelles la peur est utilisée dans les discours européens. Il envisage aussi de réfléchir à son rapport avec la naissance d’une identité collective capable de catalyser un espace public européen d’un point de vue discursif. Les trois sections de ce numéro accueillent des contributions en langue françaises qui creusent la question du rapport de la peur à l’identité européenne, de la peur en tant qu’opérateur euphorique ou dysphorique et, enfin, de la peur en relation à l’altérité et à l’essentialisme identitaire.
Dans la première section (« Peurs et identité collective européenne »), la contribution « La peur dans la célébration médiatique du traité de Rome : un opérateur d’identité collective européenne ? Comparaison franco-allemande (1967-2017) » signée par Juliette Charbonneaux (pp. 23-33), se concentre sur le traité de Rome, sur la peur de la guerre et sur sa commémoration médiatique. La « régulation » médiatique de la peur, ainsi que sa ritualisation, sont étudiées sous l’angle du processus de construction de l'identité européenne. A cette fin, l'article compare un quotidien français et un quotidien allemand (publiés entre 1967 et 2017) : Le Monde et le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). L’autre article employant la langue française, « S’exprimer sur l’Europe après le referendum du Brexit : une analyse des réactions sur Flickr, entre charge affective et détournement métaphorique », signé par Catherine Bouko, David Garcia (pp. 45-62) présente l’analyse de contenu d’un corpus de 5877 messages contenant le mot-clé "Brexit", tous publiés après l'annonce des résultats du référendum sur le réseau social Flickr. Plus précisément, ce travail est focalisé sur la partie du corpus qui mentionne l'Union européenne. Le but était celui d'identifier, qualitativement, les pratiques discursives multimodales utilisées par les citoyens pour exprimer leurs anxietés à propos de Brexit dans le contexte de l'UE.
A l’intérieur de la deuxième section (« La peur comme opérateur identitaire euphorique ou dysphorique »), l’article « Nouveaux discours de la peur : #REZIST en Roumanie » signé par Luminiţa Roşca (pp. 83-96) considère la peur comme un concept socio-discursif, qui est organiquement lié à l'émotion. L’étude, menée sur différents discours circulant à l'occasion des manifestations publiques de Bucarest (janvier-février 2017) suite à la décision du gouvernement roumain de modifier les dispositions du Code pénal dans le but de dépénaliser l'abus d'autorité, vise à mettre en lumière les différents thèmes de la peur. Les corpus utilisés comprennent les slogans des événements ainsi que les textes publiés sur les plateformes en ligne indépendantes au cours de la même période. L’autre contribution en français est celle d’ Agata Rębkowska, « Une peur ancienne revisitée : la Russie dans l’espace médiatique polonais »(pp. 97-110). L'objectif de cette étude est de montrer le traitement de la peur de la Russie dans la presse d'information polonaise, ainsi que les stratégies discursives de propagation de cette peur. L’auteur a analysé les quotidiens Gazeta Wyborcza et Rzeczpospolita dans le but de dessiner la signification sociale de la Russie qui se construit dans le discours médiatique : le nom "Rosja" a été décrypté sur différents niveaux discursifs (sémantique, syntaxique, énonciatif et interdiscursif). L'étude combine l'approche quantitative et qualitative (à l'aide du logiciel TXM).
La dernière section du numéro 2 de la revue De Europa (« La peur de l’altérité ») englobe la contribution de Claudio Vinti « L’Orient musulman au Théâtre de la Foire, ou comment exorciser la peur par la bouffonnerie » (pp. 113-122). L’auteur présente une réflexion sur les opéras joués au Théâtre de la Foire: suivant sa perspective, il est possible de déceler trois traits caractéristiques et récurrents, à savoir le merveilleux, l'exotisme et la peur de l'inconnu. Ces trois spécificités se concrétisent de manière récurrente dans tous les opéras "orientaux", de manière à influencer les scénarios, les dialogues et les représentations des personnages principaux. L’auteur propose une analyse diachronique des pièces se déroulant en Orient révélant une évolution des masques italiens. La perception de la peur des Turcs et, progressivement, de l'Orient musulman, encore bien vivante au début du XVIIIe siècle, devient une peur qui diminue peu à peu au fil des ans, laissant place au mythe du "bon Turc". La dernière contribution de la section consacrée à l’étude de l’altérité est celle de Nicolas Pitsos, « Peurs de l’« Orient » en Europe occidentale au tournant du XXe siècle » (pp. 123-132). L’altérité « orientale », amalgamée à la barbarie, a contribué à façonner un ennemi inévitable pour les sociétés d'Europe occidentale. Une panoplie d’événements a contribué à modeler à nouveau la perception de cet ennemi oriental : la rébellion des Boxers en 1900, la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et les guerres balkaniques de 1912-1913. Ce travail vise ainsi à étudier l’expression de la peur au tournant du XXe siècle, dans les journaux, les essais politiques ou la littérature de voyage, principalement en France et en Grande-Bretagne.

[SILVIA MODENA]

Per citare questo articolo:

Marinella BELLUATI, Maria Cristina CAIMOTTO, Rachele RAUS (éds.), Peur et identité dans les discours européens, Carnets de lecture n.40, 45, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=611

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