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Jacqueline AUTHIER-REVUZ

La Représentation du Discours Autre. Principes pour une description

Jacqueline AUTHIER-REVUZ, La Représentation du Discours Autre. Principes pour une description, Walter de Gruyter GmbH, Berlin/Boston, 2020, pp. 685.

La Représentation du Discours Autre. Principes pour une description réunit les réflexions de Jacqueline AUTHIER-REVUZ autour du discours rapporté et de ses manifestations multiples et variées en français. Résultat d’un long parcours d’études et de recherches de l’auteure, comme en témoignent par ailleurs ses travaux en la matière publiés dès la moitié des années 1970, cet ouvrage vise à interroger les fondements du discours rapporté en prenant en compte la langue, le discours, les sujets et le langage, pour aborder un questionnement d’ensemble relevant du « dire » à propos d’un « autre dire ». Dans son Avant-propos (pp. XI-XXX), Authier-Revuz rappelle que, au fil des années, après avoir traité de l’îlot textuel, du discours indirect, des guillemets de modalisation autonymique pendant les années 1980, et, à partir des années 1990, de l’analyse des hétérogénéités/ non coïncidences du dire, son travail autour de la Représentation du Discours Autre (désormais RDA) a porté sur deux volets, à savoir les balisages schématiques du discours autre à visée pédagogique, dans le but d’en faire apparaître les plans de structuration et l’importance des arrière-plans, en tant qu’élaborations théoriques relevant de la conception du sujet parlant et de son rapport au langage. Ainsi cette double voie a-t-elle inspirée le présent volume, en vue de les articuler dans une perspective d’ensemble.
La Représentation du Discours Autre. Principes pour une description est composée de différentes sections : suite à la liste des abréviations et des conventions utilisées, et à l’Avant-propos, le corps du volume est organisé autour de quinze chapitres, répartis en cinq parties suivies d’une très riche Bibliographie (pp. 633-661), de l’Index des noms cités (pp. 662-666), de l’Index des auteurs et des genres (pp. 667-668) et de l’Index des notions (pp. 669-674). Chacune des cinq parties est à son tour constituée par un ou plusieurs chapitres, précédés d’une introduction générale et, uniquement pour la première partie et pour la quatrième, d’un appendice final. L’argumentation et les thèses défendues au fil des chapitres sont enrichies de mises au point de l’auteure tant en termes langagiers, sous forme de remarques métalinguistiques numérotées et d’exemples, que graphiques, à l’aide notamment de tableaux. Tout cela contribue à l’intelligibilité et à la rigueur méthodologiques qui caractérisent cet ouvrage.

La Partie I, qui a pour titre Du Dire sur un dire : une affaire métalangagière (pp. 1-66), vise à définir le rôle de la Représentation du Discours Autre au sein de la pratique métalangagière, à identifier la RDA en tant que secteur spécifique du fonctionnement métadiscursif et à analyser la dualité foncière qui est à l’œuvre lorsque l’on travaille sur la pratique métadiscursive de dire à propos d’un dire « autre ».
Le 1er Chapitre, La représentation du discours autre : un secteur de l’activité métalangagière (pp. 4-34), aborde le métalangage, c’est-à-dire le « langage ayant pour objet du langage » (p. 4), qui est le propre de la réflexivité du langage humain, observable sur le plan linguistique, discursif et langagier en tant que pivot de la pratique langagière. C’est ce statut métalangagier qui permet à la RDA de participer à cette réflexivité propre au langage humain du point de vue de la structure sémiotique, de la pratique discursive et de l’expérience subjective, s’ancrant par ailleurs dans l’espace de l’énonciation. Pour démontrer ceci, AUTHIER-REVUZ s’appuie non seulement sur les approches des linguistes, dont celle de Benveniste, mais également sur l’apport des philosophes du langage. Ces prémisses lui permettent de souligner que la RDA est en réalité co-constitutive de l’espace métadiscursif. En tant que région de cet espace, les énoncés métadiscursifs de la RDA sont inscrits dans la « zone C » du discours autre tout en ne coïncidant pas avec celle-ci, laquelle est délimitée par rapport aux autres régions du fait de ne pas porter sur la langue (« zone A ») ou sur le discours en train de se faire (« zone B »). En montrant les points de contact et les distinctions entre la zone A, concernant la représentation de la langue, et les zones B et C relevant de la représentation du discours, AUTHIER-REVUZ montre ainsi la distinction entre le même (l’auto-représentation du dire en train de se faire) et l’autre (la RDA) au sein du discours aussi bien en termes de chevauchements entre les deux cas – ce qui se vérifie, entre autres, en présence des effets textuels emphatiques – que d’« ambiguïtés, cumuls et semblants » (p. 25).
Le fait de représenter un acte d’énonciation distinct de l’acte en train de se faire, ce qui est constitutif de la RDA, engendre, pour cette dernière, une analyse de sa structure complexe, articulée autour de la dualité entre le Dire en acte et son dire autre représenté, mais également la fonction de métadiscours ordinaire sur l’énonciation par rapport à ce qu’elle comporte dans le dire autre et, par réflexe, au dire autre représenté. C’est ce que la linguiste examine au Ch. 2, Représenter un autre acte d’énonciation : caractérisation d’une pratique métadiscursive spécifique (pp. 35-59), qui s’ouvre par l’homomorphie et la dissymétrie entre acte(s) en cours et acte(s) représenté(s) de la dualité structurelle de la RDA pour ensuite se concentrer sur la manière dont les énoncés de RDA se montrent comme des métadiscours spontanés sur le langage réellement utilisé. D’où la distinction parmi différents dires : les dires « de soi » ; les dires virtuels ; les dires répétés et/ou collectifs ; les dires écrits ; les dires intérieurs ; les énonciateurs « relayés » par des référents « supports » du dire » (p. 47), lorsqu’interviennent des structures grammaticales relayant le sujet énonciateur humain ; les dires du corps sans paroles, autrement dit les messages gestuels et l’air, l’apparence ; le monde parlant – tout autre humain porteur d’un discours. Cette variété de dires fait émerger l’inadéquation de la dénomination de « discours rapporté », mais également son caractère réducteur à l’égard de la neutralité de l’opération métalangagière de représentation. Quant à l’analyse de la représentation de l’énonciation, AUTHIER-REVUZ illustre les contraintes minimales requises par la RDA, liées à la représentation d’un quid de l’énoncé, ainsi que celles qui différencient les modes de représentation de la RDA, relevant de cas de disjonction suivants : entre forme linguistique et sens de l’énoncé ; au niveau du sens de l’énoncé, entre contenu prédicatif et valeur illocutoire ; au niveau de la forme de l’énoncé, entre marques de l’énonciation et manières de dire ; au niveau de l’ancrage énonciatif, entre plan référentiel et plan modal.
L’appendice à la première partie, Discours Rapporté et Représentation de Discours Autre – questions de dénomination (pp. 60-66), explique les raisons pour lesquelles il est opportun d’abandonner la dénomination de « discours rapporté » au profit de celle de « représentation du discours autre », caractérisée par un remplacement entre « rapporté » et « représenté » mais aussi par l’inclusion du premier dans le second.

La Partie II, Un dire dans le Dire : plans, enjeux, solutions pour une pluri-articulation (pp. 67-196), traite du « double » dire qui intervient dans la RDA et de son articulation en termes de plans sémantique, énonciatif et contextuel, des effets qui en résultent et des solutions adoptées.
Dans le Ch. 3, Deux statuts pour le dire autre représenté : comme objet et comme source du Dire (pp. 70-101), l’auteur montre le rôle de la Modalisation par Discours Autre (MDA) par le biais de deux oppositions dont l’une, interne, relève du plan du contenu et de la forme ; l’autre, extérieure, délimite le champ de la MDA par rapport au mode par lequel le discours autre modifie l’énoncé. Ainsi, si le discours autre incident au plan du contenu du Dire est déployé par la modalisation de l’assertion comme seconde (MAS), certains contextes liés au fonctionnement des formes selon l, P et comme le dit l, P, permettent à AUTHIER-REVUZ de faire comprendre la manière dont se présente le mode sur lequel le discours autre intervient dans le Dire. Quant à la MDA, aur le plan des manières de dire sont distingués deux types d’incidence : d’une part, la modalisation autonymique d’emprunt (MAE) ; d’autre part, la modalisation par couplage avec la manière de dire d’un discours autre. Par le biais de cette distinction, il est par ailleurs possible d’identifier les cas où une véritable modalisation autonymique d’emprunt a lieu par rapport à ceux où celle-ci est arbitrairement étendue à toute modalisation autonymique avec discours autre. Ainsi un schéma récapitulatif montre-t-il l’opposition entre les deux statuts conférés au discours autre dans le dire, comme discours autre-objet du Dire et comme discours autre-source du Dire, notamment correspondant à une prédication du fait d’un discours autre et à une modalisation par un discours autre, respectivement.
Le Ch. 4, Trois solutions pour l’articulation énonciative des deux actes A et a (pp. 102-146), aborde la problématique de l’intégration d’une énonciation – le discours source –, dans une seconde énonciation, le discours citant, lié à une autre instance énonciative, relativement à l’articulation des deux ancrages énonciatifs et des deux attitudes modales qui en découlent. En particulier, AUTHIER-REVUZ résout cette question à l’appui de la catégorisation, de la paraphrase et de l’autonymisation, autant d’opérations métalangagières qui interagissent avec les contraintes attachées aux composants de l’ancrage énonciatif second à partir des modes de RDA, à savoir par intégration unificatrice dans l’ancrage énonciatif source ; par dissociation sur la suite des ancrages énonciatif source et second ; par division de l’unité énonciative à l’œuvre dans les deux ancrages énonciatifs – ces sujets correspondent à autant de paragraphes du ch. 4. Si les modes de RDA intégrés à ancrage énonciatif unique, c’est-à-dire celui de l’acte en cours, sont étudiés selon les versants référentiel – les personnes verbales et les temps verbaux qui y sont associés – et modal – les modalités d’énonciation et leur manifestation –, et ensuite par rapport aux ancrages énonciatifs primaire et secondaire qui les caractérisent, exprimés par le discours indirect et par la modalisation par discours autre, c’est le discours direct qui est l’effet du mode de RDA à deux ancrages énonciatifs hiérarchisés et qui fait l’objet du paragraphe suivant. Outre les manifestations de la dépendance entre les deux ancrages et l’intérêt envers les cas de désembrayage et de dépendance, est mise en évidence l’apparente simplicité du discours direct (par rapport à la complexité supposée du discours indirect) tant du point de vue syntaxique qu’énonciatif. Enfin, le mode de RDA à ancrage énonciatif partagé, bivocal, manifesté par le discours indirect libre, révèle une séparation énonciative des deux ancrages primaires, mais également une autonomie syntaxique de l’énoncé. En d’autres termes, l’auteur considère, suivant Voloshinov, le discours indirect libre comme un mode distinct du discours direct ainsi que du discours indirect, un « parler avec » (p. 133), bien que des traitements du discours indirect libre à partir du discours direct et du discours indirect existent et soient partagés. C’est à partir de ces remarques qu’AUTHIER-REVUZ explique son choix de qualifier le discours indirect libre (DIL) – appellation découlant de la terminologie établie – de « mode bivocal », voire de « Bivocal-DIL », une solution de compromis combinant son approche avec la terminologie traditionnelle.
Dans le Ch. 5, l’articulation des deux faits de dire distincts au sein de toute RDA est examinée à l'égard des contextes qu’elle engage, concernant en fait l’ensemble des champs de la RDA à partir d’un énoncé de RDA parlant d’un autre énoncé et mettant en jeu deux contextes (La RDA comme double (re-)contextualisation : par représentation et par déplacement, pp. 147-195). Après avoir introduit la notion de « sens en contexte » et celle de « co-texte » en tant qu’élément du contexte, la linguiste se penche sur la relation entre RDA et (re-)contextualisation, avant d’aborder la grande variabilité des modes de RDA par rapport à la représentation du contexte d’un énoncé parlant d’un autre énoncé (e) en termes de protagonistes de l’acte d’énonciation et des circonstances dans lesquelles celui-ci est produit. L’auteur souligne en outre que le degré de spécification du contexte devient un élément différenciateur essentiel du point de vue des genres discursifs mais aussi que la représentation du co-texte d’un énoncé de RDA parlant d’un autre énoncé peut emprunter deux voix principales, à savoir l’inscription de ces énoncés au sein d’une chronologie verbale représentée, et l’information sur le co-texte d’origine d’où est issu cet énoncé représenté. Ce chapitre s'intéresse également à la relation entre énoncé et contexte représentés, et discours par rapport aux différentes organisations séquentielles, à l’interpénétration entre les éléments composant l’énoncé et son contexte – mettant ainsi en cause la répartition linéaire traditionnellement acceptée contexte-énoncé –, pour enfin parvenir à une représentation du contexte qui sort du cadre strict de la phrase pour s’étendre interprétativement aux phrases voisines. Ainsi la double contextualisation affectant toute RDA passe-t-elle par une double articulation, par rapport à laquelle AUTHIER-REVUZ qualifie de « Contexte d’accueil » le contexte où s’énonce la RDA. Or, celui-ci est analysé en séparant les trois « étages » qui interviennent dans toute RDA, à savoir la « découpe », la représentation de contexte et la Contextualisation d’accueil. C’est aux deux opérations « contextualisantes » de l’auto-représentation du dire et du déplacement sans représentation qu’est consacrée la dernière partie du chapitre, dans laquelle l'auteur montre que la RDA contribue au mouvement du sens par le biais de la dynamique issue de ces deux plans de recontextualisation. A cet effet, sont présentés les cas de défaut de contexte représenté – l’altération du sens de e et le contre-sens – ; décontextualisation créative – les découpes et montages d’éléments e instaurant une nouvelle continuité verbale, et les décontextualisations « sacralisantes » – ; « violences génériques » imposées à l’accueil de e dans un contexte très hétérogène en termes de genre et de visée discursive ; effets résultant de la mise en relation des deux re-contextualisations – en termes de re-contextualisations convergentes et homomorphes.

La Partie III, Trois opérations métalangagières en jeu dans la RDA : catégorisation, paraphrase, autonymisation (pp. 197-324) consiste en une mise au point sur les représentations par catégorisation métalangagière, par (re)formulation paraphrastique et par (re)formulation autonymique, dont l’organisation et la démarche d’analyse suivies sont les mêmes et auxquelles sont consacrées autant de chapitres. En d’autres mots, ces trois opérations métalangagières sont appréhendées dans un premier temps pour mettre en relief leur caractère général de porter sur le discours autre, pour faire émerger dans un second temps leurs spécificités par rapport à cette base commune – les implications, pour leur fonctionnement, de la nature de cet objet commun.
Ainsi le Ch. 6, La catégorisation métalangagière en RDA (pp. 202-225), aborde-t-il la catégorisation en considérant la RDA comme un secteur qui lui est spécifique. Suivant Benveniste et l’étude fondatrice sur le métalangage de Rey-Debove, après avoir rappelé que la catégorisation métalangagière figure dans tous les modes de la RDA, AUTHIER-REVUZ en présente les configurations formelles pour ensuite se pencher sur le rôle de l’ensemble des lexèmes qui contribuent à la catégorisation spontanée des dires, à savoir les verbes et les noms, mais également les adjectifs et les adverbes. Elle dégage quelques-uns des plans au sein desquels et selon lesquels se réalise la catégorisation lexicale des faits de dire – là où pourtant les lexèmes des noms et des verbes appartiennent souvent à plusieurs plans – : tel est le cas du plan de la réalisation matérielle du dire ; du pôle de la co-énonciation à partir duquel est réalisé l’acte a ; du plan spécifiant la place de l’acte a représenté par rapport à un autre dire ; de plans relevant des dimensions illocutoires, argumentatives, rhétoriques ; du plan des opérations de nomination ou de formulation accomplies par le locuteur. Ce chapitre est également l’occasion, pour l’auteur, de souligner que la catégorisation dans les modes de RDA et le discours indirect révèlent des affinités par rapport aux situations dans lesquelles la catégorisation est requise par le discours indirect ; au statut de dire, verbe catégorisant dans le discours indirect ; au fait que le discours indirect ne repose que sur la catégorisation. La dernière partie du chapitre est consacrée à la relation entre types de catégorisation, discours et textes : à partir des stéréotypes de catégorisation du dire considérés comme appartenant à des genres fortement normés, est montrée la richesse d’emploi des types de catégorisation du dire dispersés dans plusieurs discours et textes, du français oral ordinaire au texte narratif et dialogique.
Quant à la (re)formulation paraphrastique en RDA, opérée par le biais d’une relation de substituabilité entre deux séquences de langage ordinaire de sens équivalent, elle est étudiée au Ch. 7 (La (re)formulation paraphrastique en RDA, pp. 226-245). Comme dans le cas de la catégorisation, la RDA est un secteur spécifique de l’opération de reformulation paraphrastique, laquelle peut opérer aussi bien in præsentia que in absentia de la RDA et où le travail d’interprétation est essentiel. Ainsi le paraphrasage en RDA est-il examiné selon plusieurs volets. Le premier relève du champ d’application de l’opération paraphrastique en RDA, à savoir dans les cas où, dans le discours indirect, on passe de la transposition à la paraphrase – Authier-Revuz explique notamment les raisons pour lesquelles le discours indirect n’est pas un discours direct transposé –, tout comme dans les situations qui, plus largement, rentrent dans les modes de RDA, lesquels peuvent tous être concernés par le paraphrasage à l’exception de la MAE. Le deuxième aspect porte sur le fonctionnement de la variation paraphrastique en RDA en termes de variété des plans du dire et des transformations de la variation en contexte à partir d’un jugement d’équivalence dans les domaines de la référenciation déictique, des manières de dire, des non-dits du dire autre, de l’étendue des dires en relation paraphrastique, mais également sur le jeu interprétatif ouvert par la reformulation paraphrastique en RDA et ouvrant une dimension évaluative du type de variation manifestée par les commentaires des interlocuteurs associés aux RDA paraphrastiques. Le troisième volet, en revanche, s’intéresse à la reformulation « à l’identique » – cas particulier de la production d’un équivalent – et à la reformulation bloquée par un emprunt – effet du cumul des deux modes de RDA indépendants entre eux de discours indirect/MAS et de la MAE. Si dans ces deux cas on emploie des mots, dans le premier ceux-ci coïncident avec ceux du premier locuteur et sont à celui-ci, alors que dans le second le locuteur précise qu’il fait usage des mots d’un autre locuteur. Ce chapitre se termine par une mise au point sur la représentation du thème du dire, sur les restrictions liées au thème du dire et sur les fonctionnements spécifiques qui en résultent, notamment les résumés elliptiques, qui ne rentrent ni dans la catégorisation ni dans la reformulation paraphrastique.
Le dernier chapitre de cette partie, Le fait autonymique dans le champ de la RDA (pp. 246-324), analyse le fait autonymique au sein de la RDA à partir de son emploi dans le discours direct et dans la MAE – pour lesquels l’autonymisation apparaît comme une propriété définitoire – et ensuite au sein d’autres modes de RDA, parmi lesquels le discours indirect libre bivocal. Le fait autonymique – l’autonymie et la modalité autonymique – est d’abord traité à propos de sa conception sémiotique et au statut autonyme de l’énoncé de discours direct. Ainsi, s’appuyant sur Hjelmslev et Rey-Debove, Authier-Revuz examine le signe autonyme – dont le statut peut être soit ordinaire soit autonyme soit pourvu de la modalisation autonymique cumulant usage et mention dans l’emploi du signe – en termes de production, de spécificité sémiotique et de modalités d’insertion grammaticales et discursives – avant de se pencher sur sa spécificité dans le discours direct. En deçà du fait que l’autonymisation peut porter sur tout élément langagier, sont examinées différentes situations de non-textualité du discours direct, ainsi que la référence et le sens de la séquence autonyme en discours direct. Suivent les propriétés de la modalité autonymique, envisagées par rapport à l’arrêt sur le mot lié à la modalité autonymique, au dire autre, à la MAE, dont est soulignée l’autonomie au sein de la RDA (mais sa combinaison possible avec tous les modes de RDA) et également sa distinction par rapport au discours direct. A ce propos, un sous-paragraphe est consacré à l’« îlot textuel » pour mettre en relief son statut de cas particulier de MAE en contexte de RDA intégrée à l’énoncé. Ce chapitre se termine par des remarques récapitulatives sur les guillemets, signe typographique principal de statut métalinguistique intervenant dans le marquage de RDA et signalant une autonymisation neutre, et par une mise au point sur le fonctionnement de l’« autonymie bivocalisée » dans le discours indirect libre bivocal. Plusieurs encadrés sous forme de remarques parsèment ce chapitre, témoignant de la complexité et de la variété qui touchent à l’autonymisation et à la modalité autonymique.

La Partie IV, dont le titre est Bilan d’étape : Représenter le Discours Autre ? La réponse – en cinq modes – de la langue (pp. 325-372), composée d’un chapitre et d’un appendice à celui-ci, permet à Authier-Revuz à la fois de faire le point sur les trois parties qui précèdent et de faire émerger la réponse de la langue française à l’égard du fait du discours autre, en vue d’examiner, dans la dernière partie de l’ouvrage, ses emplois en discours.
Le Ch. 9, Derrière le fonctionnement de la RDA en discours : la distinctivité de cinq modes de langue (pp. 328-359), porte sur le traitement de la RDA dans la langue à partir du croisement entre différenciations internes au plan de la RDA quant aux types d’articulation des deux actes d’énonciation et aux opérations langagières, d’où découle une structuration du champ de la RDA en cinq modes énonciatifs, qui sont examinés en termes de problèmes posés, d’oppositions théoriques, de plans sur lesquels chaque mode est spécifié, de formes et de fonctionnements de modes. Si les problèmes soulevés par l’auteur concernent le champ sémantico-référentiel de la RDA et l’insuffisance de la vulgate réduisant les formes de RDA à l’opposition morphosyntaxique traditionnelle entre discours direct et discours indirect – ce qui se résout par un traitement de ces formes en termes de mixité et de continuum et par la prise en compte du réel au sein de la langue – les oppositions pertinentes qui en découlent et qui opèrent dans le champ des énoncés observables en RDA concernent les oppositions binaires entre statut sémantique donné dans l’énoncé VS discours autre sous forme d’objet ou de source du dire, et le statut sémiotique ordinaire VS avec autonymisation de la représentation de l’énoncé ; et l’opposition ternaire en termes d’ancrage énonciatif des deux actes A et a. Il émerge ainsi que pour la définition de chacun des cinq modes (par rapport auxquels c’est le mode du discours direct que l’auteur emploie comme modèle) il faut identifier des formules de traits distinctifs et de « zones de formes ».
Quant à lui, l’appendice au ch. 9, Citer/citation : l’éventail polysémique (pp. 360-371), rassemble des réflexions sur le statut des termes citer/ citation dans le discours linguistique contemporain et sur la polysémie qui les caractérise, tout en soulignant que, en dépit de cette polysémie, c’est le sens commun de citation qui est adopté dans cet ouvrage.

Le fil rouge de la dernière partie du volume, consacrée à La fonction configurative de la RDA (pp. 373-631) et composée de cinq chapitres, est l’analyse de la RDA en discours.
Dans le Ch. 10, En arrière plan de la RDA, le « discours autre » constitutif du dire : deux pensées de l’extériorité interne au dire (pp. 379-421), les deux courants de l’analyse du discours de Pêcheux et du dialogisme de Bakhtine sont employés par l’auteure pour souligner que, derrière la reconnaissance des plans de la linéarité formelle de la parole et de la matérialité discursive du dire, ce sont les modalités sous lesquelles est envisagée leur mise en relation qui constituent les traits différenciant ces deux approches. En particulier, la linguiste s’intéresse à la formulation du couple représenté VS constitutif et aux limites et enjeux qu’il pose dans le champ du sujet. Ce dernier aspect est notamment examiné en distinguant, d’une part, le sujet plein du non-sujet, d’autre part, le sujet divisé – relevant de l’inconscient – : il émerge non seulement que le sujet engendre un espace polysémique, mais que celui-ci peut en fait donner lieu à des flottements et à des malentendus entre non-sujet et sujet divisé, ou en termes de démultiplication et de décentrement du sujet.
C’est au travail de délimitation de la fonction configurative de la RDA dans le dire que sont consacrés les chapitres 11, 12 et 13 sur la base des plans permettant de distinguer, dans le Discours, discours de soi et discours de l’autre, mais également les fonctions discursives et subjectives de la « zone frontière » où d’autres discours interviennent, y compris le cas de la parole propre.
Dans le Ch. 11, La RDA : prélèvement métadiscursif dans l’extériorité constitutive du dire (pp. 422-464), le travail configurateur de la RDA est abordé en prenant en compte l’autre représenté (E’) à partir de la présence de l’autre (E) dans le discours, et les deux plans qui s’ensuivent, par rapport auxquels se déploie le discours autre, mais aussi les incertitudes dues à la « découpe » métalangagière créée par la RDA dans le dire par rapport à ce qui est déjà dit et au « traçage » de l’autre représenté. Ces constats amènent l'auteur à poser des questionnements sur la RDA à marquage zéro, et sur le discours énoncé autre à reconnaître par des indices dans l’intradiscours ou par des indices mettant en jeu le rapport entre l’énoncé et une extériorité discursive. Ce chapitre traite également des cas du discours autre qui, consciemment, « fait sien » le dit « ailleurs-avant et indépendamment », sans pour autant désigner « de l’autre » dans le dire – ce qui est le propre de la RDA –, mettant ainsi en évidence ce qui ne relève pas de la RDA.
Pour sa part, le Ch. 12, La caractérisation différentielle du Discours par ses autres : images et reflets configurants de la RDA (pp. 465-491), s’ouvre par une remarque sur la positivité de la négation – formule empruntée à la vulgate post-hégelienne – par rapport à la RDA, considérée comme un geste méta-énonciatif générateur de frontières mais en fait un ressort essentiel du positionnement des discours de par son statut métalangagier et sa négativité différentielle, laquelle permet d’assurer l’identité du discours et du sujet qui l’énonce. Ainsi, le lien entre mécanismes d’identification discursive et RDA est-il abordé en présentant, d’un côté, les cas de l’ethos, de l’identité discursive et de la présentation de soi ; de l’autre côté, le statut métalangagier de la RDA qui permet la représentation d’une altérité discursive, ce qui fait sa spécificité. Ce sont ensuite les visées discursives et la fonction identifiante de la RDA, autrement dit la cause d’un recours à la RDA et son effet, respectivement, qui sont traités en vue de mettre en évidence non seulement que la RDA, en tant que dispositif de configuration différentielle de soi à partir des discours autres, est un mécanisme de figuration permettant d’identifier le Discours et son énonciateur, mais également que sa « positivité du négatif » y est cruciale.
Le Ch. 13, Le dehors du langage au-dedans du dire : la « question » de la parole propre (pp. 492-544), aborde, à partir des approches de la psychanalyse et de la psychologie du langage, le positionnement du sujet comme être parlant dans le langage qui tient une parole propre. Pour ce faire, l’attention est d’abord focalisée sur la distinction entre dedans VS dehors dans la création d’une image de soi : l’examen procède ainsi d’un statut d’indistinction primitive, dans lequel l’idée de nous-mêmes est celle d’un être avec un dedans et un dehors, à celui où une limite identifiante est au fur et à mesure posée et un espace de transition se produit pour ensuite identifier « un autre » par rapport à « moi » et donc construire d’un point de vue psychique ce qui est « un parmi d’autres ». Cette mise en perspective de l’avènement de Moi, instance du sujet, « par ses bords », permet à Authier-Revuz de parvenir à la contradiction propre au langage de la présence du « dehors » au « dedans » du dire. Ainsi la parole produite ne se détache-t-elle pas de l’environnement langagier dans lequel elle est réalisée et dont elle est faite car, dès l’enfance, le langage tire son origine du discours de l’autre, qui est de ce point de vue premier et qui montre que la parole de soi se constitue par reprise. Cette constatation permet donc d'aborder les retombées qui se produisent lorsque le sujet est ex-centré par l’Autre du langage, parmi lesquelles le Dire comme « RE-dire obligé » et les cas d’« exil » dans les mots. C’est également la relation entre extériorité du langage et parole propre qui est appréhendée en termes de renouvellement de l’appropriation fondatrice du langage et de parole imposée en tant qu’échec à la parole de soi. Le chapitre se termine par des exemples de RDA et de parole propre autour de la parole ordinaire, de la parole en psychanalyse et de la parole dans l’écriture littéraire pour ensuite présenter des pratiques de RDA au service d’une écriture propre. Il émerge que, depuis le langage, la parole est envisagée comme une question, autrement dit une parole propre est énoncée à partir de ce qui est Autre, ce qui souligne que la fonction énonciative ordinaire de la RDA dans le dire est celle d’un dehors dans le dedans du dire.
Les deux derniers chapitres, qui closent l’ouvrage, envisagent la RDA comme geste énonciatif.
En particulier, le Ch. 14, La RDA : un travail de(s) bords (pp. 545-579), s’intéresse au rôle joué par la RDA par rapport à la contradiction incontournable à laquelle le sujet parlant est confronté entre le langage et sa parole. A cette fin, l’analyse de l’auteur se concentre d’abord sur certains mécanismes par lesquels s’exerce la fonction configurative de la RDA en vue de « donner forme » au Discours, à savoir l’activation du registre subjectif de l’imaginaire comme condition de la parole « de soi » ; la conversion métadiscursive du réel de l’Autre langagier dans l’image des discours autres à l’égard du discours, notamment l’établissement de limites pour faire ressortir une négativité dissimilatrice instaurant une identité mais également donnant forme ; la présence de bords internes permettant au Discours de prendre forme et corps, avec également les lieux de fragilité des bords du dire. L'analyse se poursuit en montrant la manière dont on peut envisager les Discours par leur RDA, c’est-à-dire « par leurs bords » en termes de conditions d’étendue de la bordure, de type de bordure, de facteurs déterminant la bordure, autant d’éléments qui permettent à Authier-Revuz de clôturer, au Ch. 15, par un cercle imaginaire, la description de la RDA par la constitution de la bordure de RDA configurant tout discours et que tout discours voit se constituer.
En effet, dans le Ch. 15, Variables en jeu dans le travail de bords (pp. 580-631), dans un itinéraire partant de l’examen de sept variables identifiées selon leur perspective unique pour ensuite tracer un chemin dans lequel sont rangés les Discours, l’auteur détaille les valeurs de chaque variable, leurs possibles combinaisons et les affinités entre valeurs de variables. Si, parmi les sept variables, les deux premières – l’Étendue de la bordure et le taux de Dispersion des discours autres – représentent une sorte de « contexte » permettant leur constitution, le deuxième groupe de variables concerne individuellement chacune des occurrences de RDA du Discours, à savoir le degré de spécification des références du discours autre ; le mode d’Émergence du discours autre ; le Rapport entre le Discours et le discours autre convoqué ; les Formes de RDA par lesquelles le Discours s’articule à son discours autre. Enfin, la dernière variable, concernant la bordure en mouvement, intéresse l’ensemble des variables dans la mesure où la bordure de RDA d’un Discours ou d’un texte peut changer en fonction de l’espace/du temps de déroulement du Discours/texte et du temps de l’histoire d’un texte. Si toutes les variables sont traitées dans ce chapitre conclusif, seuls les trois premières et la dernière sont en fait abordées au fil des chapitres composant cet ouvrage, comme le remarque l’auteure en rappelant que la prise en compte de ces trois autres variables aurait demandé des réflexions qui n’auraient pas pu être contenues dans le présent ouvrage du fait de leur ampleur.
C’est à partir d’un redoublement métadiscursif qu’Authier-Revuz termine son analyse détaillée et remarquable de la RDA, en empruntant la bordure qui a caractérisé son discours par le biais de trois citations finales qui, comme elle le souligne, sont empruntées au titre de reconnaissance de dette, cheminement par confrontation et/ou recherche d’appui.

[Alida M. SILLETTI]

Per citare questo articolo:

Jacqueline AUTHIER-REVUZ, La Représentation du Discours Autre. Principes pour une description, Carnets de lecture n.40, 45, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=614

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