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Michele DE GIOIA, Mario MARCON (éds.)

L’essentiel de la médiation. Le regard des sciences humaines et sociales

Michele DE GIOIA, Mario MARCON (éds.), L’essentiel de la médiation. Le regard des sciences humaines et sociales, Bruxelles / Berlin / Bern / New York / Oxford / Warszawa / Wien, Peter Lang, 2020, pp. 654.

Le mot « médiation », comme l'explique Danielle LONDEI dans sa préface, est sans aucun doute un mot clé dans les sciences humaines et sociales, mais il n'est mentionné que marginalement dans les ouvrages de référence. Selon l'auteure, il s'agit probablement d'un terme nomade, pour lequel elle préconise l'utilisation méthodique d'une « archéologie » critique du langage, c'est-à-dire un processus à la fois historique et critique, qui permet d'identifier les conditions et les circonstances dans lesquelles un mot commun devient un terme et accède à un certain niveau de conceptualisation (Préface. La transdisciplinarité d’un terme nomade comme médiation, pp. 13-20).

Les contributions de ce volume très dense sont divisées en cinq sections. La première section est consacrée à la conceptualisation du mot dans les disciplines linguistiques (Dire, désigner, décrire le langagier) : conceptualisation difficile, selon Régine DELAMOTTE, car peut-être justement parce qu'elles sont complètement investies par le problème, ces disciplines ne viennent pas vraiment interroger la médiation. DELAMOTTE structure sa contribution en deux parties : dans la première, elle résume les différents usages de la notion de médiation dans les sciences du langage, en soulignant, entre autres, une implication inattendue de la syntaxe ; dans la seconde, elle présente ses recherches personnelles sur le rôle de la médiation joué par un certain type de texte dans les activités de pré-lecture (Les sciences du langage face à la notion de médiation, pp. 21-48).
Sonia GEROLIMICH se concentre sur l'expression médiation linguistique : il s'agit d'un composé utilisé depuis les années 2000 dans certains documents officiels de l'Union européenne, et qui a été repris comme nom de plusieurs branches universitaires européennes. Cela a été fait sans uniformité, voire avec des divergences très marquées, par exemple entre la locution médiazione linguistico-culturale en italien, qui désigne la traduction, et la médiation culturelle française, associée à l’éducation muséale. L'article offre tout d'abord un aperçu des contextes dans lesquels cette expression est utilisée, puis examine l'imbrication de la figure du médiateur linguistique avec celle de l'interprète, et enfin esquisse une synthèse des formations proposées dans les différentes filières universitaires (Qu’entend-on au juste par médiation linguistique ?, pp. 49-86).
Alison GOURVÈS-HAYWARD et Cathy SABLÉ travaillent sur un sujet similaire, à savoir les locutions médiation culturelle et médiation interculturelle. Ces expressions étant utilisées indifféremment dans plusieurs documents officiels de l'Union européenne, les auteures se demandent si elles reflètent des concepts différents. Leurs recherches se concentrent sur quatre documents du Conseil de l'Europe, et constatent un véritable glissement sémantique. Ce flou conceptuel a des conséquences pratiques désagréables (Médiation culturelle et médiation interculturelle dans les documents officiels de l’UE – champ didactique des langues et des cultures : quel glissement conceptuel ?, pp. 87-104).
Raquel SILVA et Rute COSTA s'occupent plutôt de terminologie, et ce de manière interdisciplinaire. Leur article met en relief le fait que les terminologues jouent un rôle de médiation entre les connaissances linguistiques dans les domaines de spécialité et les compétences des experts dans ces domaines mêmes. Ce rôle est particulièrement visible lorsqu'il existe des divergences parmi les experts concernant le concept auquel se réfère le terme analysé. Afin d'illustrer concrètement cette activité, l'article présente la procédure suivie dans le cadre d'un projet de terminologie (Accéder aux connaissances des experts par l'entremise de la médiation en Terminologie, pp. 105-122).
Giovanni AGRESTI traite du rôle de médiation que peut jouer un linguiste, notamment dans une situation de diglossie « malheureuse ». Il rappelle deux figures qui ont joué un tel rôle dans l'histoire, c’est-à-dire Robert Lafont et Rafael Lluis Ninyoles. Tous deux ont développé des réflexions sur les postures interventionnistes des linguistes, en entrant dans les spécificités socioculturelles du conflit. Cependant, l'auteur rappelle qu'en conséquence de la mondialisation économique, de plus en plus de langues pourraient devenir des langues patrimoniales. À l'instar de Jean Léo Léonard, le linguiste devrait alors contrecarrer la logique sous-jacente selon laquelle les langues minoritaires ne sont pas économiquement rentables (La médiation du linguiste dans le conflit diglossique: du regard rétrospectif aux nouvelles perspectives, pp. 123-146).

La deuxième partie du volume est consacrée à l'interprétation, à la traduction et plus généralement à la reformulation (Redire, interpréter, traduire). Face aux difficultés rencontrées par les spécialistes pour définir la médiation d'un point de vue intensionnel, général et global, Ioannis KANELLOS vise à développer une approche extensionnelle, qui reconnaisse sa spécificité dans les différents domaines d'application. Considérée sous cet angle, la médiation devient une notion plurielle. En même temps, puisqu’elle est menée par le biais de la langue, la médiation est considérée comme visant à créer un terrain d'entente face aux différentes possibilités de malentendus. La médiation interprétative est conçue comme une forme d'art maïeutique. Elle a recours à deux processus : le premier concerne la matière en question, tandis que le second concerne son interprétation (Les ressorts interprétatifs de la médiation, pp. 147-162).
Claire MARTINOT traite la reformulation comme un cas particulier de médiation : citée dans le CECLR comme un élément central de l'enseignement/apprentissage des langues, la « médiation » prend la forme d'une série de stratégies communicatives qui sont en définitive des procédures de reformulation. L'auteure présente la théorie acquisitionnelle de la reformulation, selon laquelle, dans l'apprentissage des langues, l'enseignant sert de médiateur pour rendre le message compréhensible aux élèves, tandis que dans l'acquisition, c'est l'enfant qui devient lui-même un médiateur entre les messages des adultes et ceux qu'il est capable de produire (Médiation et procédures de reformulation dans l’acquisition de la langue maternelle, pp. 163-180).
Valérie DELAVIGNE, en revanche, entend remettre en cause une conception assez répandue de la vulgarisation comme médiation. Cette vision a le mérite, selon l’auteure, d'attirer l'attention sur les dynamiques de traduction et de reformulation qui entrent en jeu dans la médiation culturelle et scientifique mais, en même temps, le mot « vulgarisation » a toujours suscité la perplexité, car il est associé à une dégradation des connaissances du public, qui est assimilée à une tabula rasa. L'analyse linguistique d'un corpus de forums de patients montre au contraire que la transmission des connaissances médicales repose de plus en plus sur le « patient expert ». Il en résulte que la relation de la société avec la connaissance a trop évolué, pour que l'on continue à considérer le scientifique et le public comme deux entités opposées (La vulgarisation est-elle une médiation ?, pp. 181-210).
Antonella LEONCINI BARTOLI revient sur la similitude entre traduction et médiation. Si l'on peut déjà deviner une certaine proximité sémantique entre les deux mots à partir des métaphores qui les unissent (« pont », « passerelle », « relais »), certaines caractéristiques communes à ces deux activités sont très concrètes : il s'agit en fait de processus structurellement ternaires, qui permettent un rapport avec l'altérité. En ce sens, il s'agit d'activités créatives, qui ont un authentique pouvoir de modification de la réalité. Tous deux sont associés à l'art maïeutique, et on peut affirmer qu'ils sont bien menés lorsque le rôle du tiers reste invisible (La médiation à la lumière de la traduction ou dénouer des sacs de nœuds, pp. 211-232).
La vision que les interprètes-médiateurs ont de leur travail est au cœur des recherches de Fabienne LECONTE, qui se concentre sur une association pionnière dans le domaine médical, active en Normandie depuis les années 80. Dans une première partie de l’article, trois médiateurs experimentés sont interviewés sur l'histoire de cette association, née pour faire face à une situation de grave méfiance envers l'hôpital du Havre par la communauté africaine qui vit dans la région. Dans une deuxième partie, trois jeunes médiateurs sont interviewés afin d'identifier quelques mots clés sur leur travail : la médiation est ressentie comme un « décodage des intentions de l'autre » ; elle est animée par une forme de « neutralité humaine » et ne pourrait pas exister sans une connaissance linguistique adéquate (Interprétation-médiation : quelques réflexions à partir du point de vue des acteurs, pp. 233-260).

La troisième partie du volume est consacrée à la didactique et à l'enseignement (Enseigner, scénariser, questionner l'école), et s'ouvre avec la contribution de Daniel COSTE et Marisa CAVALLI. Ceux-ci proposent un modèle conceptuel de médiation conçu à l'origine pour l'Unité des politiques linguistiques du Conseil de l'Europe, qu’ils appliquent à quatre contextes différents : la migration des adultes, la prison, la mobilité universitaire, les étudiants migrants de première et deuxième générations. Le modèle est donc décliné en quatre descripteurs, qui emploient les notions clés de mobilité, altérité et communauté, ainsi que différents acteurs et objectifs (respectivement de projection, focus et inclusion). Chaque médiation est définie comme un agent à deux niveaux, relationnel et cognitif, outre que linguistique (Des traits constitutifs de toute médiation ?, pp. 261-288).
La notion de médiation cognitive est reprise par Jolanta SUJECKA-ZAJĄC comme étant cruciale pour revisiter la figure de l'enseignant. À la lumière des travaux de Reuven Feuerstein et d'Antoine de la Garanderie, elle vise à identifier un mode d'enseignement qui ressemble moins à une « transmission » et plus à une « médiation ». La tâche du professeur-médiateur ne sera pas alors de faciliter le travail, ni de proposer des solutions préfabriquées, mais de faire réfléchir l'élève sur ses stratégies d'apprentissage, qu'il utilise souvent de manière inconsciente (De l’enseignant transmetteur à l’enseignant médiateur en classe de langue. Le rôle de la médiation cognitive auprès des élèves en difficulté d’apprentissage, pp. 289-306).
Vincent LIQUÈTE et Anne LEHMANS présentent une recherche menée sur l'utilisation des données ouvertes à l'école et l'impact de cette utilisation sur l'éducation, investie comme elle l'est par une intense activité de médiation documentaire. Cette recherche prend en considération trois scénarios différents (transmissif, participatif et d'autonomisation), avec une participation de plus en plus active des élèves. Si les pratiques éducatives ne semblent avoir changé que marginalement, c'est le concept d'accès à la culture qui est en train de changer profondément (Les scénarisations pédagogiques favorables à la démarche de médiation entre usagers et dispositifs. L’exemple des données ouvertes en éducation en France, pp. 307-322).
Maud SÉRUSCLAT-NATALE et Maryse ADAM-MAILLET s'intéressent à la médiation dans la scolarisation des allophones migrants et itinérants dans des structures dédiées (CASNAV). Ils constatent qu'il y a un décalage entre la réglementation nationale, qui mentionne le mot « médiation », et les mécanismes d'exécution, qui sous-tendent implicitement cette activité. Bien que certaines caractéristiques de leur travail les rendent plus proches des négociateurs, la mission des enseignants du CASNAV est avant tout de produire des « interfaces » entre les utilisateurs et les institutions (Questionner une demande institutionnelle du système éducatif français : pour une définition empirique de la médiation à partir de l’action d’un CASNAV, pp. 323-340).

La quatrième partie du volume est consacrée à la médiation culturelle, comprise en français principalement comme « éducation muséale », et à la médiation dans un contexte social (Engager, inclure, médiatiser ). Eleni MITROPOULOU aborde la médiation culturelle en essayant de séparer les notions de « communication » et de « médiation » : si la communication présuppose la sélection de certaines valeurs, à l'exclusion d'autres, la médiation consiste plutôt à établir une relation entre deux systèmes de valeurs antérieurs. C'est pourquoi on ne peut parler de médiation culturelle s’il n'y a pas une forme de correction des croyances du public, donc s'il n'y a pas de rupture, qui se transforme par la suite en relation. Les stratégies mises en œuvre dans l'éducation muséale sont comparées à celles de la publicité, dans une approche sémiotique (Pour une approche sémio-communicationnelle du processus de médiation, pp. 341-358).
La contribution de Jean-Marie LAFORTUNE se concentre sur la médiation culturelle et la médiatisation de la culture : en effet, l'utilisation des technologies de l'information dans les événements culturels est en train de modifier profondément la médiation culturelle. L'auteur rappelle tout d'abord le processus d'institutionnalisation de la médiation culturelle, puis souligne qu'il existe encore des tensions évidentes entre la volonté normalisatrice des institutions et les intentions des opérateurs individuels. Enfin, il conclut qu'il y a un glissement de l'idée du droit à la culture vers celle de l'économie de la culture (De la médiation culturelle à la médiatisation de la culture: entre droit et régulation, pp. 359-372).
Eva SANDRI s'intéresse également aux technologies de l'information, mais se concentre sur les discours qui les entourent, c'est-à-dire les représentations sociales que les journalistes, les politiciens et les médiateurs eux-mêmes véhiculent de la médiation culturelle. À travers l'analyse d'un corps de presse francophone, SANDRI conclut que l'utilisation des technologies de l'information n'affecte pas substantiellement l'imagerie traditionnelle de la médiation culturelle, qui se rapproche de la définition donnée par Jean Davallon dans les années 1990 (Discours circulants sur l’utilisation des technologies numériques dans la médiation culturelle: quelles définitions de la médiation ?, pp. 373-402).
Dans leur article, Fabienne FINAT et Jeanne PONT proposent une réflexion sur leurs expériences de « médiateurs culturels » et de « médiateurs sociaux » – appelés « médiateurs urbains » – en Suisse. Ils retracent l'histoire de la naissance de ces figures professionnelles, en comparant la terminologie utilisée pour les désigner en Suisse romande, dans la Suisse alémanique et dans la Suisse italienne. Selon les auteures, les deux professions sont nées de l'expérience d'un malentendu, qui est à concevoir comme une expérience cruciale de la vie humaine (C’est bien entendu un malentendu! Médiation en milieu culturel et médiation sociale en milieu urbain: réflexion comparative de deux pratiques professionnelles, pp. 403-424).

La cinquième partie du volume est consacrée au droit (Administrer, nommer, pratiquer) qui, selon Michèle GUILLAUME-HOFNUNG, souffre de « Dégénérescence Terminologique Liée à l'Anomie ». Par cette expression, l'auteure entend désigner ce qu'elle identifie comme la perte progressive d'une qualité essentielle de la langue juridique, du moins en France, à savoir la rigueur terminologique. La cause de cette perte serait l'anomie, l'incapacité à concevoir, nommer et définir - une incapacité qui se manifeste dans le vocabulaire du français courant et juridique, et qui a pour principale conséquence la perte d'intelligibilité. Parmi les « victimes » de cette anomie, on trouve le terme médiation, régulièrement confondu avec conciliation. Cette confusion entraîne des effets délétères très concrets (Le droit français malade de DTLA ? Les effets sur la médiation, pp. 425-454).
Adeline AUDRERIE résume une situation apparemment paradoxale dans le paysage juridique français, dans laquelle de nombreux organismes institutionnels mentionnent et recommandent le recours à la médiation, alors que dans les textes de référence, il existe des définitions juridiques différentes de la médiation, parfois opposées les unes aux autres. Le médiateur lui-même est une figure contestée. Afin de mieux définir le phénomène, il est nécessaire de classer les modes alternatifs de résolution des conflits. Si une classification basée sur le rôle des « tiers » pose plusieurs problèmes, une classification basée sur le rôle des parties en conflit est plus prometteuse (La médiation en droit français : un concept juridique à construire ?, pp. 455-472).
Pour sa part, Julien MOUCHETTE retrace l'histoire de l’introduction du médiateur dans le paysage juridique français, en commençant par l'institution du Médiateur de la République en 1973. Cette figure professionnelle a ensuite été introduite dans plusieurs entreprises publiques, en dehors d'un cadre juridique clair, jusqu'à l'avis du Conseil d'État en 2010, selon lequel, en France, divers processus sont appelés « médiation » de manière inappropriée. Ces processus n'ayant pas été renommés, une distinction est faite entre la médiation conventionnelle et la médiation institutionnelle, bien que la médiation institutionnelle relève effectivement de démarches propres à la conciliation (Les faux-semblants de la médiation institutionnelle en droit public français, pp. 473-508).
Le caractère problématique de l'activité dite de médiation au sein des entreprises est au centre de la contribution de Max MASSE, qui part du constat qu'en France, la fonction de « médiateur » a été attribuée aux inspecteurs de la sécurité et de la santé au travail (ISST) de la fonction publique de l'État en cas de désaccords graves et chroniques entre deux autorités administratives. Toutefois, les rôles joués par l'inspecteur et les parties concernées font que le terme « médiation » strictu sensu ne peut être utilisé. L'article examine comment cette attribution a donné plus de marge d’action à ces fonctionnaires. Il conclut que l'inspectorat n'est pas tant engagé dans une médiation constante que dans des « actes de médiation » (Fonction d'inspection et actes de médiation, pp. 509-533).
Philippe CHARRIER présente le point de vue de quinze magistrats, qu’il a interviewés sur leur décision de recommander ou d'imposer une médiation. Son point de départ sont les critiques vers l'incorporation progressive de la médiation dans le système judiciaire : certains juristes semblent hostiles à l'utilisation de la médiation, tandis que d'autres spécialistes voient le risque que la médiation soit assimilée et déformée. Cependant, de nombreux magistrats interrogés sont très favorables à la médiation en tant que mode alternatif de résolution des conflits, ce qui peut être le signe, selon l'auteur, d'un changement dans la façon dont la médiation et la justice sont conçues (Pratiquer la prescription de la médiation chez les magistrats français, pp. 533-554).
Marion BLONDEL évoque les conflits entre parents séparés pour la garde des enfants dans un contexte international, et en particulier le cas du « déplacement international illicite d'enfant » comme des contextes favorables au recours à la médiation. Il s'agit de conflits qui touchent différents systèmes juridiques et dans lesquels la logique binaire du droit ne fonctionne pas toujours, car elle est surtout encline à identifier un coupable, et à rétablir le statu quo ante. C'est pourquoi les principaux organes européens ont encouragé l’emploi de la médiation dans les États-nations. Ces recommandations rencontrent un certain nombre de critiques, mais elles sont aussi le signe d'une transnationalisation rapide du droit (La médiation dans le cadre du déplacement international illicite d'enfant : illustration d'un retour à l'essentiel dans les usages du droit ?, pp. 555-588).

La sixième partie est consacrée à la conceptualisation de la médiation (Réfléchir, concevoir). La contribution de Francis CHIAPPONE est consacrée à la pensée de Simone Weil et à son influence sur de nombreux philosophes italiens et français contemporains : Massimo Cacciari, Tommaso Greco, Roberto Esposito, Matteo Papini, Alessandro Dal Lago et Jean-Luc Nancy. Le mot « médiation » apparaît chez Weil dans un cadre religieux et mystique - dans un dialogue entre soi et soi - et reçoit une formulation mathématique. Chez les philosophes qui la lisent, en revanche, cette notion apparaît dans un dialogue entre le soi et l'autre, et concerne surtout une opposition entre le droit et la justice, où le droit est pensé comme une forme de violence. Le point central, le tiers médiateur, peut alors être identifié au nihilisme politique et juridique (La médiation dans les limites du raisonnable, pp. 589-606).
Thierry BONFANTI s'oriente vers une ontologie de la médiation dans une perspective essentialiste. Son point de départ est l'étude des éthologues sur la médiation telle qu’elle est pratiquée par les primates pour résoudre les conflits : la médiation est donc présentée comme une interaction pré-verbale, pas nécessairement basée sur le langage. Elle fonctionne grâce à ce que l'auteur appelle la « transitivité de la confiance ». Les caractéristiques qui sont généralement jugées indispensables pour être un vrai, ou un bon, médiateur doivent en fin de compte être liées à la confiance qu'il doit susciter. Le paradigme de la « non-directivité interventionnelle » formulé par Michel Lobrot pourrait s'appliquer à ce type d’interaction, car le médiateur doit savoir intervenir de manière non autoritaire et en écoutant le désir de l'autre (Vers une ontologie de la médiation , pp. 607-642).

Dans leur postface, Michele DE GIOIA et Mario MARCON tirent les ficelles des différentes interventions, dans le cadre d'un projet d'ontoterminologie de la médiation en cours à l'Université de Padoue. La médiation se déroule selon deux configurations principales : la première, dans laquelle le médiateur est un tiers, et la seconde, dans laquelle il est un entre-deux. Selon la discipline considérée, il existe différentes caractéristiques fondamentales qu'un médiateur doit posséder mais, en général, la représentation prototypique de la médiation suppose un « écart » entre deux ou plusieurs positions. Ce fossé peut être comblé, ou évité, grâce à la création d'un terrain commun, partagé, qui produit un changement dans la réalité (Postface. Quelques réflexions sur l'essentiel de la médiation , pp. 645-653).

[SARA VECCHIATO]

Per citare questo articolo:

Michele DE GIOIA, Mario MARCON (éds.), L’essentiel de la médiation. Le regard des sciences humaines et sociales, Carnets de lecture n.40, 45, 0, http://farum.it/lectures/ezine_articles.php?id=615

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